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La diplomatie suisse se féminise

Moins de 10 % des ambassadeurs sont des femmes. Visite de Joseph Deiss au Caire en 2000. Keystone Archive

C'est une première. La nouvelle volée de diplomates compte une majorité de femmes. Et les candidatures masculines ont tendance à stagner.

Cette semaine, le service diplomatique helvétique s’est enrichi de quinze nouveaux titulaires. En l’occurrence, de huit femmes et de sept hommes. Et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne cache pas sa satisfaction.

«Cette nouvelle répartition reflète d’abord la situation des universités suisses, souligne Régula Frey, préposée à l’égalité des chances au DFAE. Nos hautes écoles forment aujourd’hui autant d’étudiants que d’étudiantes parfaitement compétentes.»

Une inégalité flagrante

«Le recrutement des femmes dans la diplomatie suisse répond à une volonté réelle du DFAE, poursuit Régula Frey, A ma connaissance, c’est le seul département à avoir créé un poste de déléguée à l’égalité des chances à temps complet.»

Et la préposée à l’égalité des chances de préciser: «En outre, le DFAE a veillé à développer des conditions de travail qui facilitent grandement le quotidien des collaboratrices».

Des efforts d’autant plus urgents que la carrière diplomatique fait véritablement figure d’indécrottable bastion masculin. Aujourd’hui encore.

A preuve, le service diplomatique suisse ne compte actuellement que 17 % de représentantes féminines. Elles n’occupent que 9,2 % des postes de cadres moyens et supérieurs. Et moins de 10 % des postes d’ambassadeurs.

Une volonté d’ouverture

Ces chiffres sont d’autant plus surprenants que la Confédération s’évertue à prôner l’égalité des chances entre hommes et femmes. Et cela depuis de nombreuses années.

«Nous sommes conscients du déséquilibre qui règne au sein du service, admet Jean-Huber Lebet, chef du recrutement et de la formation au DFAE. Mais, compte tenu des nouveaux recrutements, nous devrions pouvoir intégrer un tiers de femmes aux postes à responsabilités d’ici quelques années.»

Et d’ajouter: «Le service diplomatique a pour vocation de refléter la diversité de la suisse, il ne peut donc faire l’économie de l’intégration féminine».

D’autant que les femmes se bousculent au portillon. En 1990, le concours d’admission au service diplomatique enregistrait 7 candidatures féminines. Six ans plus tard, 19 femmes tentaient leur chance. Et en 2000, elles étaient 48. Du jamais vu!

Moins de candidats masculins

En revanche, l’engouement masculin pour la carrière diplomatique a plutôt tendance à stagner. En 1996, 85 candidats se sont présentés au concours d’admission. Ils n’étaient plus que 66 quatre ans plus tard.

Faut-il en déduire que le prestige de la carrière diplomatique est en perte de vitesse aux yeux de la gente masculine? Le Département fédéral des affaires étrangères ne va pas jusque là.

En revanche, il admet que l’engouement pour la diplomatie dépend directement de la vitalité de l’économie suisse.

«Les candidats au concours diplomatique ne sont admis que cinq ans après leur sortie de l’université, explique Jean-Huber Lebet. L’économie privée a donc tout loisir de choisir ses candidats avant nous.»

Et le chef du recrutement et de la formation de préciser: «Lorsque le secteur privé est en mesure d’offrir des postes stables et des salaires compétitifs, il contribue inéluctablement à réduire nos possibilités de recrutement».

«Aujourd’hui, renchérit Régula Frey, la concurrence est rude pour trouver des forces de travail qualifiées. Et le service diplomatique ne peut plus écarter les candidatures féminines.»

Plus de femmes dans l’administration

Si l’on en croit une enquête réalisée entre 1991 et 2000 par l’Office fédéral de la statistique, les femmes parfaitement formées sont toujours plus nombreuses sur le marché du travail.

L’enquête souligne en outre que la proportion de femmes a surtout augmenté dans l’administration publique et les entreprises du service public. Sans pour autant fournir une explication à ce phénomène.

La promotion des femmes serait-elle plus efficace lorsqu’elle est régie par l’Etat? Le service public serait-il plus enclin à recruter dans l’univers féminin faute d’attractivité? Ces questions restent ouvertes.

«Mais, affirme Françoise Messant-Laurent, professeur de sociologie du travail à l’Université de Lausanne, lorsque les femmes parviennent à s’infiltrer dans un métier monopolisé par les hommes, c’est que cette profession est en proie à des difficultés de tous ordres.»

swissinfo/Vanda Janka

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