La Suisse à la pointe de la protection des lacs
La surexploitation et la pollution des lacs menacent la santé d'un milliard d'humains. La Suisse est l'un des pays qui a su rétablir la qualité de ses eaux.
Au moment où une conférence internationale se tient jusqu’à vendredi à Shiga, au Japon, pour faire le point sur la protection et la gestion des lacs, le Conseil Mondial de l’Eau estime que la moitié des lacs de la planète sont menacés de désastres écologiques.
L’organisation internationale déplore que la cause des lacs ait été trop longtemps ignorée par les décideurs politiques au profit de celle des océans et des rivières, alors que les lacs sont le réservoir de près de 90% de l’eau douce existant à la surface de la Terre.
Surexploitation
«Les lacs constituent des manifestations très visibles de ce que les êtres humains sont en train de faire à l’environnement dans la mesure où, à la différence des océans, par exemple, ils font partie de la vie quotidienne des gens», déclare à swissinfo Bill Cosgrove, vice-président du Conseil Mondial de l’Eau.
En raison, précisément, de la proximité qu’ils entretiennent avec la population, les lacs sont devenus la source et le site d’une multitude d’activités: transport, commerce, industrie, production d’énergie, pêche, irrigation, approvisionnement en eau, tourisme, sports et loisirs.
Ils sont aussi devenus des lieux privilégiés de déversement des eaux usées et des résidus agricoles. La pollution et la surexploitation ainsi créées menacent non seulement la santé des lacs, mais aussi celle d’un milliard de personnes à l’échelle de la planète, d’après le Conseil Mondial de l’Eau.
«Les lacs se trouvent dans une situation où la nature ne peut plus, à elle seule, faire face et rétablir l’équilibre, alors que l’impact de cette population s’avère trop lourd», explique Bill Cosgrove.
La Suisse, un modèle
Parmi les lacs les plus menacés dans le monde occidental figurent les Grands Lacs partagés par les Etats-Unis et le Canada, le lac Balaton en Hongrie, le lac Arre au Danemark, le lac Biwa au Japon ou le lac Baïkal en Russie.
La mer d’Aral, qui, malgré son nom, est un lac situé entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Il a vu le niveau de ses eaux tellement baisser qu’après avoir été le quatrième lac du monde par sa surface pendant des siècles, elle n’est plus aujourd’hui classée que huitième.
Dans les pays en voie de développement, les lacs les plus menacés comprennent le lac Bhopal en Inde, le lac Taihu en Chine, ou le lac Victoria, le plus grand d’Afrique, partagé par l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie.
Le Conseil Mondial de l’Eau se félicite cependant que certains pays s’attaquent aux problèmes des lacs. A cet égard, la Suisse fait figure de modèle. «La Suisse est l’un des pays qui, avec le Japon, font un excellent travail dans ce domaine», souligne Bill Cosgrove.
Citant en particulier la bonne santé du lac Léman et du lac de Constance, le vice-président du Conseil Mondial de l’Eau attribue la réussite de l’approche helvétique à «une population qui est consciente du problème et des responsables politiques qui réagissent à la situation». «Si le lac Léman survit aussi bien, c’est parce que les riverains réalisent l’importance du lac et des menaces qui pèsent sur lui», ajoute M. Cosgrove.
En fait, la qualité des eaux du lac Léman et du lac de Constance s’est sensiblement améliorée depuis les années 1980, en dépit des activités urbaines et agricoles qui ont lieu sur leurs rives.
Dans le cas de ces deux lacs, le Conseil Mondial de l’Eau indique que la restauration s’est fondée sur des mesures strictes de contrôle incluant notamment des systèmes sophistiqués de traitement des eaux.
D’importants investissements
Dans le cas d’un petit lac comme le Trummen, en Suède, – d’une surface d’à peine un kilomètre carré – la restauration est quasi totale. Et cela grâce à un dragage qui, contrairement aux opérations similaires menées dans d’autres lacs à travers le monde, a nettoyé le lac de fond en comble, sédiments y compris.
Mais le Conseil Mondial de l’Eau relève que des restaurations de ce genre ne sont possibles que dans les pays industrialisés. «Le type d’investissement qui est consenti en Suisse et ailleurs en Europe ne peut pas être fait dans d’autres régions du monde qui sont plus pauvres», note M. Cosgrove.
Le procédé de dragage utilisé dans le lac Trummen a ainsi été utilisé pour le lac de Tunis. Le gouvernement tunisien a fait draguer le lac et traiter les eaux.
La qualité du lac s’est tellement améliorée que les terrains situés en bordure ont connu une forte plus-value, autorisant le gouvernement à récupérer complètement sa mise par la revente des terrains. Mais même dans ce cas de restauration très réussi dans un pays en développement, des considérations de coût ont empêché le dragage des sédiments.
Marie-Christine Bonzom
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