La Suisse va bientôt recompter ses têtes
Au Salon du livre et de la presse de Genève: un stand pour permettre aux Suisses de se livrer à une simulation de ce qui les attend le 5 décembre 2000, date du prochain recensement fédéral.
Dans l’Antiquité, les bergers utilisaient des pierres pour vérifier le soir qu’ils avaient autant de moutons que le matin. Plus tard, ces cailloux ont donné naissance au mot «calcul». Et les recensements sont devenus de véritables «relevés structurels». Ils servent régulièrement à prendre une image instantanée de la société, d’en comprendre l’évolution et d’en imaginer quelque peu l’avenir.
«C’est le seul instrument qui nous permet de dresser le portrait d’ensemble de la population résidant en Suisse à un moment précis», explique Carlo Malaguerra, qui dirige l’Office fédéral de la statistique. «Participer au comptage, commente l’ethnologue Jacques Hainard, c’est prendre part aux débats de la communauté que l’Etat est censé gérer». En d’autre mots, un recensement n’est pas qu’un exercice comptable, c’est aussi un acte citoyen.
Voilà donc l’essentielle raison d’être de ce stand interactif – c’est de plus à la mode – offert aux visiteurs du Salon qui peuvent ainsi se livrer à une intéressante simulation de ce qui les attend le 5 décembre 2000, date du prochain recensement fédéral. Ce jour-là, on dénombrera les têtes et les ménages, les toits et les langues, les pas et les sexes, et bien d’autres choses encore.
Les Suisses pourront ainsi se faire une meilleure idée du vieillissement de leur société et de leur penchant vers l’individualisme, de leur accès minoritaire à la propriété et de la complexité de leurs relations multiculturelles, de l’éloignement progressif de leurs lieux de travail ou encore de la persistance de l’inégalité entre hommes et femmes.
Reste à savoir ce que les fonctionnaires, les politiciens et autres économistes feront de ces résultats. Pour un observateur aussi attentif que Jacques Hainard, aux enjeux de société d’un tel rituel décennal, il ne fait aucun doute, d’un point de vue abstrait, que le pouvoir «peut à sa guise les communiquer, les interpréter, voire les manipuler et c’est ainsi que se profilent le style et la ligne politique d’un gouvernement balancé entre la dictature et la démocratie, d’où l’importance d’un contrôle efficace de l’outil statistique».
Bernard Weissbrodt
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