Le rôle du Centre Henry Dunant dans la trêve indonésienne signée à Genève
Le gouvernement indonésien et les indépendantistes du Mouvement Aceh Libre ont fait vendredi à Genève un premier pas vers la paix. C’est un encouragement pour le Centre Henry Dunant, cette jeune institution qui veut promouvoir le dialogue humanitaire.
«À une époque où l’on parle tant de progrès et de civilisation, et puisque malheureusement les guerres ne peuvent être toujours évitées, n’est-il pas urgent d’insister pour que l’on cherche, dans un esprit d’humanité et de vraie civilisation, à en prévenir, ou tout au moins à en adoucir les horreurs?» Cette interrogation qui a toute son actualité, Henry Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, se la posait déjà, en 1862, lorsqu’il rédigeait «Un souvenir de Solférino». Elle continue encore et toujours d’inspirer de nouvelles initiatives.
Car si dialogue il y a eu, enfin, entre les protagonistes d’un conflit qui dure depuis des années dans la province indonésienne d’Aceh, c’est au Centre Henry Dunant de Genève qu’il faut aussi en attribuer la réussite. Du moins en partie. Cette jeune institution genevoise, fondée en novembre 1998 et inaugurée en janvier dernier, n’a pas servi de médiateur, disent ses responsables, elle a seulement offert «un environnement sûr» aux deux camps, propice aux négociations secrètes. Ce qui, en soi, est déjà une condition sine qua non d’un vrai face à face.
Auparavant, il y avait l’Institut, créé au milieu des années 60 par le CICR, la Fédération et la Croix-Rouge suisse, pour appuyer la réflexion du mouvement de la Croix-Rouge, à la fois centre de formation et de recherche, de publication et de diffusion. Le Centre lui a succédé, avec d’autres ambitions, comme en témoigne son titre officiel de «Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire».
Ce n’est donc ni une nouvelle organisation humanitaire, ni un outil universitaire de recherche, mais, disent ceux qui l’ont créée, une institution qui sera jugée non pas sur sa contribution théorique, mais sur les changements qu’elle aura réussi à promouvoir à travers le dialogue. Et cela suppose au moins deux conditions essentielles: d’abord, une approche qui privilégie la discrétion et non la dénonciation publique; ensuite, une démarche qui aborde des situations particulières et concrètes plutôt que de se livrer à des analyses d’ordre général.
Une chose est de dénoncer ouvertement les violations des droits de l’homme et faire en sorte qu’elles cessent, une autre est de construire une paix durable loin du bruit et des influences de toutes sortes. Ces deux formes d’engagement sont aussi nécessaires l’une que l’autre, elles ne peuvent que très rarement être menées par les mêmes personnes ou les mêmes institutions. Le Centre Henry Dunant a fait un choix qui répond aussi à de vrais besoins de la société internationale d’aujourd’hui.
D’autres, il est vrai, ont avant lui proposé leurs bons offices, des pays neutres (on pense à la Suisse ou à la Norvège dans les conflits du Proche-Orient) ou des institutions privées (voyez la Communauté San Egidio, à Rome, et ses initiatives de dialogue pour la paix au Mozambique et de l’Algérie). Le Centre, lui, se laisse guider par l’«esprit Dunant» et par cette conviction que la priorité va à la prévention des conflits. Et qu’il faut saisir chaque occasion de dialogue pour donner une nouvelle chance à la paix. Ce qui vient de se passer à Genève, même fragile, est un clair appel à la persévérance.
Bernard Weissbrodt
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