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Mission antarctique (2)

Trente ans de déchets défigurent les plages de l'Antarctique. Mission Antarctica

En cinq ans, «Mission Antarctica» - sponsorisée notamment par Serono, leader suisses des biotechnologies - a évacué 1000 tonnes de déchets de la plage de Bellingshausen.

Il y a encore cinq ans, la plage de Bellingshausen, sur l’Ile du Roi George, à l’extrémité de la péninsule antarctique, offrait une vision d’horreur. Entre les containers abandonnés, les carcasses de métal et les fûts de déchets liquides, pas moins de 1000 tonnes de matériel hors d’usage s’entassaient là, abandonnées par la mission russe.

Aujourd’hui, les phoques et les pingouins ont repris leurs droits sur la plage. Et ceci grâce aux efforts de Mission Antarctica, dont le boss, Robert Swan, a travaillé des années à planifier et à trouver les fonds nécessaires à l’opération.

«Tout le monde disait qu’il était impossible de mener un tel travail à terme avec les Russes, se souvient l’explorateur britannique. Alors, j’ai dit OK, c’est impossible, donc nous allons le faire».

Poubelles glacées

Au cours de ses deux voyages à pied vers les pôles (Sud en 1986 et Nord en 1989), Swan a pu mesurer à quel point les déchets laissés par l’homme souillaient autant l’Antarctique que l’Arctique. Et l’une de ses pires visions d’horreur avait précisément été Bellingshausen.

En tout, huit nations (Argentine, Brésil, Chili, Chine, Corée du Sud, Pologne, Russie et Uruguay) ont des bases sur l’Ile du Roi George. Chaque pays qui construit une station et conduit des recherches scientifiques peut accéder au statut de membre ou de consultant au Traité antarctique.

La station, construite en son temps par le régime soviétique à Bellingshausen, date de 1968. Elle peut accueillir jusqu’à 50 personnes, mais sa population habituelle est d’une trentaine de résidents. Et juste à côté se trouve la station chilienne de Frei, avec ses 80 habitants.

Si Frei ressemble à un petit village, avec ses maisons peintes de couleurs vives, la station russe est nettement plus massive et moins engageante d’aspect.

«La moitié des bâtiments étaient en ruines, parsemés de fûts dégoulinants, de vieux tuyaux tordus, d’anciennes machines, de tracteurs et de générateurs rouillés, c’était une vraie vision d’enfer», se souvient Robert Swan.

C’est cette décharge à ciel ouvert que le Britannique s’est employé à débarrasser. Quatre étés durant, avec une équipe de huit à dix collaborateurs russes, il a commencé par tout empiler et au cours de la cinquième saison (qui correspond à notre hiver), les déchets ont été chargés sur un bateau danois et évacués vers Montevideo, en Uruguay, à fins de recyclage.

La valeur de l’exemple

La plupart des déchets ainsi débarrassés étaient là depuis plus de 30 ans. Le protocole environnemental du Traité antarctique exige de chaque pays qu’il dispose des ses propres déchets et rende les lieux dans l’état où ils étaient il y a 100 ans, avant que l’homme n’aborde ces rivages glacés.

Robert Swan compte bien que l’exemple de Bellingshausen incite d’autre pays à faire le ménage autour des leurs bases. En tout, ce sont certainement des centaines de milliers de tonnes de déchets qui souillent l’Antarctique, le plus souvent générés par les stations de recherche scientifiques.

Tempêtes du bout du monde

Bien qu’il le connaisse probablement mieux que quiconque, Robert Swan a toujours peur de l’Antarctique. «Je suis allé au cœur du pays d’où viennent ces tempêtes et je sais de quoi elles sont capables», avertit l’explorateur.

Comme pour lui donner raison, nous essuyons un terrible coup de tabac au cours de notre voyage dans l’archipel des Shetland du Sud. En une demi-heure, les vents passent de 6 à 26, puis 40 nœuds. La proue du bateau disparaît complètement sous la houle et l’air se charge de morceaux de glace qui rendent la visibilité encore plus aléatoire.

Après cette sortie périlleuse, le mauvais temps s’installe pour huit jours et nous devrons attendre patiemment des cieux plus cléments pour qu’un avion vienne nous chercher et nous ramener au Chili.

«Ici, on est vraiment au bout du monde, et dans un sens, il est bon qu’il existe encore des endroits pareils à une époque où certains perdent les nerfs dès que leur avion a cinq minutes de retard», philosophe Robert Swan.

Et le fait est que ces huit jours où nous sommes restés bloqués – avec une fête d’adieu chaque soir à la base russe – nous ont donné l’occasion de réfléchir aux raisons qui poussent des hommes comme Swan à se battre pour l’Antarctique.

Les dernières terres vierges

«Cet endroit est le dernier continent au monde qui est encore pratiquement dans son état d’origine», fait remarquer Alex Johnston, commandant en second du vaisseau qui nous en a fait découvrir les côtes.

«Nous avons réussi à foutre en l’air le reste de la planète. Alors essayons au moins de garder un continent dans son état primitif, afin qu’il nous reste quelque chose pour le futur», poursuit le marin des mers glacées.

Alex Johnston n’en est pas moins conscient des dégâts que l’homme a déjà causé ici. Depuis le début du 19ème siècle, 1,2 million de phoques ont été massacrés pour leur fourrure rien que dans les Shetland du Sud. Entre 1904 et 1965, date de son interdiction, la chasse à la baleine a coûté la vie à plus de 175’000 de ces grands cétacés.

«L’Antarctique offre également une bonne mesure de ce que nous faisons à la planète», poursuit Johnston, en allusion à la déchirure dans la couche d’ozone, mais également aux mesures climatiques du dernier demi-million d’années que les scientifiques effectuent en creusant la couche de glace, épaisse de quatre kilomètres par endroits.

La Suisse aura aussi son mot à dire

Au mois d’août, Robert Swan et ses hommes seront à Johannesbourg, en Afrique du Sud, pour participer au Sommet des Nations Unies sur le développement durable. Ils y feront part de leurs expériences et de leurs espoirs pour le sixième continent, celui que jusqu’ici, aucune puissance n’a réussi à s’approprier.

A l’heure actuelle, l’Antarctique est administré par 44 nations, signataires du Traité antarctique et de son protocole environnemental. La Suisse en fait partie, avec le statut d’observateur. Pour accéder à celui de consultant, un pays doit prouver son engagement en menant sur place des recherches scientifiques d’une certaine ampleur.

A Berne, le Département des affaires étrangères affirme son intention de devenir un jour pays consultant, mais on avertit déjà que le processus sera long. Les principes du Traité – qui veut faire du sixième continent une terre de paix et de protection de la nature – correspondent parfaitement aux objectifs de la politique étrangère de la Confédération.

Pour l’heure, la Suisse n’est engagée que dans deux projets scientifiques en Antarctique, tous deux relatifs à l’évolution du climat et du paysage dans les millénaires qui nous ont précédé.

swissinfo/Vincent Landon, de retour d’Antarctique

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