Plantes médicinales: l’axe Zurich – Costa Rica
L'Ecole polytechnique de Zurich et l'Institut de la biodiversité du Costa Rica inaugurent un nouveau type de partenariat.
Objectif: identifier et analyser des substances naturelles qui pourraient un jour servir à produire de nouveaux médicaments.
«Il y a un déséquilibre entre le niveau de technologie des pays développés et le niveau de biodiversité des pays en développement. Et le but de ce partenariat est d’essayer de corriger cet état de fait», résume Gerd Folkers, l’un des initiateurs du projet à l’EPFZ.
La Haute Ecole zurichoise mettra son savoir-faire au service de l’Institut costaricain, en vue de l’aider à découvrir de nouveaux produits thérapeutiques.
Concrètement, les composants d’origine végétale ou animale sélectionnés au Costa Rica seront analysés à Zurich.
Un trésor naturel
Le choix du Costa Rica n’est pas le fruit du hasard. Ce petit pays d’Amérique centrale ne compte pas moins de 11 régions climatiques différentes et réunit, sur une surface équivalent à 0,03% de toutes les terres émergées, plus de 6% des espèces vivantes de la planète.
Cette biodiversité particulièrement riche a fait l’objet d’un programme national de recherche, qui a déjà permis d’identifier près de 2000 substances différentes.
«Nous avons les compétences nécessaires pour sélectionner les plus prometteuses, confirme Isabel Montero de la Camara, ambassadrice du Costa Rica à Berne. Par contre, nous allons avoir besoin de nos partenaires suisses pour affiner les analyses.»
De ces analyses pourraient sortir un jour de nouveaux médicaments. Depuis toujours, la pharmacopée fait appel à des substances d’origine naturelle, de l’aspirine classique à la cyclosporine, l’immunosuppresseur qui a rendu possibles les greffes d’organes.
Laboratoire virtuel pour partenariat réel
Comme le précise Isabel Montero de la Camara, ce n’est pas d’aide mais de coopération dont son pays a besoin.
«Nous sommes le pays le plus avancé d’Amérique latine en matière d’informatique, rappelle l’ambassadrice. Et les micro-puces constituent notre troisième produit d’exportation.»
Tel est donc l’esprit de ce partenariat. Alors que le Costa Rica pourrait manquer de certains outils technologiques, ses scientifiques seront en lien permanent avec ceux de Zurich.
Grâce au laboratoire de réalité virtuelle installé à l’EPFZ, les Costaricains pourront suivre les travaux de leurs collègues suisses de très près, voire en temps réel si nécessaire.
Et ce n’est qu’un premier pas. La technologie, déjà bien rôdée, est relativement simple et bon marché. A l’avenir, elle pourrait servir à relier la Haute Ecole zurichoise à d’autres instituts de recherche ailleurs dans le monde.
Pas de «biopiraterie»
Cet accord de collaboration survient alors que les compagnies pharmaceutiques et les scientifiques occidentaux ont souvent été accusés de piller les richesses biologiques des pays en développement.
Gerd Folkers précise que le but n’était pas de répondre de ce type de critiques, mais admet que cette «biopiraterie» est un problème bien réel. «Nous comptons bien établir un partenariat équitable avec l’INBio», affirme l’homme de l’EPFZ.
Au secrétariat de la Déclaration de Berne (DB), une ONG suisse qui lutte pour davantage d’équité dans les rapports nord-sud, on salue cet accord comme étant un pas dans la bonne direction.
«C’est un exemple positif de ce que l’on peut faire, estime Bernhard Herold, de la DB. Jusqu’ici, l’EPFZ s’est montrée très respectueuse de la Convention internationale sur la diversité biologique.»
Egalité parfaite
Et d’ajouter que cet accord place les deux partenaires sur un parfait pied d’égalité. «L’INBio est une ONG très expérimentée. Elle n’a rien à craindre de ce type de deal», précise Bernhard Herold.
Selon la DB, le Costa Rica est d’ailleurs mieux armé que nombre de pays pour se prémunir contre la biopiraterie.
«Ce pays sait très bien défendre ses ressources biologiques. Mais par contre, il a eu plus de mal à les protéger contre les atteintes liées au développement», précise Bernhard Herold.
Bénéfices partagés
En revanche la DB se dit inquiète du partage futur des bénéfices dans le cas où la collaboration qui va s’instaurer débouchait sur une découverte majeure…. et très lucrative.
Une crainte que n’éprouvent ni les Suisses ni les Costaricains. Pas question de léser qui que ce soit de ses droits de propriété intellectuelle sur des travaux qui seront menés en commun.
«Nous aurons un accord spécifique portant sur cette question, explique Gerd Folkers. Nous sommes habitués à ce genre de partage, et nos partenaires le sont également.»
swissinfo, Scott Capper
(traduction: Marc-André Miserez)
Le Costa Rica compte 11 régions climatiques différentes
Il réunit plus de 6% des espèces vivantes de la planète, sur une surface équivalent à 0,03% de toutes les terres émergées
– L’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) instaure un partenariat avec l’Institut national de la biodiversité du Costa Rica (INBio).
– Aux termes de l’accord, les Suisses analyseront les composants d’origine végétale ou animale sélectionnés par les Costaricains pour leurs propriétés thérapeutiques.
– Les deux partenaires pourront aussi travailler ensemble en temps réel, grâce au laboratoire virtuel mis au point par l’EPFZ.
– En cas de découverte majeure, les deux partenaires en partageront les bénéfices en vertu d’un accord légal spécifique sur les droits de la propriété intellectuelle.
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