Quatre regards de femmes
Une journée des femmes? Les principales intéressées n'accordent pas une attention particulière aux commémorations d'aujourd'hui. Même si elles considèrent que l'égalité entre hommes et femmes n'est pas encore une réalité dans tous les domaines. L'avis nuancé et critique de quatre d'entre elles.
«Je ne suis pas très favorable à ce genre de journées, qu’elles soient d’ailleurs de l’enfant, de la grand-mère ou de la femme, lance d’emblée Chantal Prod’hom, conservatrice du Musée de design et d’art appliqué contemporain de Lausanne (MUDAC). Ce sont presque des prétextes.»
Membre de la direction d’economiesuisse, Chantal Balet ne partage pas totalement cet avis: «J’ai longtemps milité dans des mouvements féminins, se souvient-elle. Cette journée était l’occasion de se retrouver. Et je trouve important qu’on réfléchisse à la situation des femmes une fois par année.»
Mais qu’elles soient favorables ou non à une telle journée, les femmes estiment toutes qu’elles ne sont toujours pas l’égal des hommes. A moins que, comme le suggère Diane Decker, ce ne soit le contraire.
«J’ai toujours envie de poser cette question dans l’autre sens, relève malicieusement cette danseuse. Et donc de réfléchir à l’égalité des hommes par-rapport aux femmes.»
Et Diane Decker. d’expliquer que, désormais, les femmes exécutent des tâches traditionnellement masculines. «En revanche, les hommes peinent à conquérir les terrains plus féminins, ou ne veulent pas le faire poursuit-elle. Il y a notamment un gros problème dans la répartition du travail domestique.»
En particulier, la question des enfants est au cœur du débat. Plus encore que la revendication de salaires égaux. «En Suisse, rien n’est fait pour que les femmes puissent travailler lorsqu’elles ont des enfants», estime la danseuse Florence Faure.
Celle-ci met notamment en avant le manque de cantines dans les écoles: «Quel employeur veut d’une femme qui doit aller chercher son enfant tous les jours à 11h30?» Et Chantal Balet d’ajouter: «Il faut mettre à disposition des structures d’accueil pour les enfants».
Les femmes revendiquent donc le droit de mener une carrière, si elles le souhaitent. Mais elles le font avec nuance. Et ne veulent pas passer pour des suffragettes, qui jetteraient leurs soutien-gorges au panier.
«Le «lobby» des femmes devrait se renforcer, mais aussi être moins politisé, estime ainsi Chantal Balet. Il faudrait se montrer plus pragmatiques et moins doctrinaires. Par exemple, il est important de se battre pour un salaire égal, mais il faut aussi admettre que, souvent, les femmes ont des carrières différentes.»
Et Chantal Prod’hom de conclure que les femmes doivent travailler à cette égalité au quotidien. En affirmant ce qu’elles sont, en revendiquant ce à quoi elles ont autant droit que les hommes.
Caroline Zuercher
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