Rolf Kesselring: antimatière grise?
«Cartes postales» de créateurs suisses expatriés... Rolf Kesselring, écrivain, ancien éditeur, nous adresse son courrier de la région de Nîmes.
Je viens de découvrir ce que viennent d’affirmer, en Suisse, deux de nos conseillers fédéraux à propos des investissements pour conserver la matière grise helvétique. Mme Ruth Dreifuss et Monsieur Pascal Couchepin proposent, paraît-il, d’augmenter les crédits attribués à la formation, à la recherche et à la technologie pour la période 2004-2005. C’est bien.
Le savoir avant tout
J’ai toujours pensé que le savoir, la science pour tout dire, était un facteur de paix qui n’arrête pas de sonner à la porte du monde. Lorsque nos deux ministres affirment qu’il y a danger dans notre pays pour la recherche scientifique, je ne peux que pâlir d’horreur devant le spectre de l’abêtissement fédéral esquissé et abonder.
C’est vrai, il faut des sous, beaucoup de sous, pour que les savants, les chercheurs, les techniciens, les ingénieurs ingénieux, puissent imaginer, calculer, réaliser, pour que notre pays ne devienne pas une réserve à touristes de Panurge, à banquiers retords, à paysans en voie de disparition. Les valeurs de notre patrie, vues d’ici, ne peuvent masquer les besoins de la modernité.
Prudence est mère des vertus
Cependant devant toutes les dérives auxquelles nous assistons depuis quelques années, sous couvert de recherche technologique et au nom du progrès scientifique, me viennent de mauvaises pensées. Par exemple, s’il faut investir l’argent du contribuable pour cette cause, il conviendrait d’en surveiller les destinations finales.
Je sais, je sais… J’ai l’esprit un tantinet rebelle! Je ne peux m’empêcher de penser que ce sont nos chercheurs qui sont quelquefois à l’origine des maux qui accablent nos sociétés actuelles. Prenez l’agriculture intensive avec son cortège de pollutions! Pensez à ces techniciens inconscients qui voulurent faire manger aux herbivores des farines de cadavres d’animaux. Songez à ces centrales nucléaires, peaufinées par des scientifiques radieux et qui peuvent nous tuer tous, à tout moment. Prudence, vous dis-je! Prudence…
Quelle matière grise?
Et puis de quelle matière grise parle-t-on? En Suisse, comme partout, la matière grise n’est pas l’apanage unique des scientifiques. Je pense aussi à tous les créateurs, peintres, musiciens, philosophes, écrivains, artistes qui sont aussi une bonne part de cette fameuse matière dite grise. Ils en sont même la part lumineuse, celle d’une matière étincelante, fulgurante, qui auréole tout un pays quand elle existe avec force.
Pour tout dire et, tout en étant d’accord avec Mme Dreifuss et Monsieur Couchepin, je regrette qu’ils ne pensent, aussi, à augmenter les crédits nécessaires à cette matière enflammée qui réchauffe tout un pays, toute son histoire, qui est sa noblesse et sa force, Je veux parler de la culture. Il en va de la réelle survie de l’esprit de notre vieille Confédération!
Rolf Kesselring
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.