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Zurich et Paris main dans la main

Projet de jardin temporaire dans une friche réalisé à la Goutte d'Or par la Zurichoise Rahel Hegnauer. Festival Zürich4Paris18

Un projet d'échanges entre deux quartiers cosmopolites a débouché sur une multitude d'études, de rencontres et de créations croisées.

La Langstrasse de Zurich et la Goutte d’Or de Paris se sont découverts davantage de points communs qu’avec leurs quartiers voisins.

On connaissait les jumelages de villes, il faudra peut-être bientôt compter avec les jumelages de quartiers de villes différentes. Sans aller jusqu’aux «fiançailles» institutionnelles, la Langstrasse de Zurich et la Goutte d’Or de Paris se sont en tout cas déjà lancées dans la voie, avec beaucoup d’enthousiasme de part et d’autre.

Tout a commencé avec la rencontre de deux femmes, Nadine Schneider la Zurichoise et Caroline Palacio-Boer la Parisienne, lorsque la première, voici deux ans, est allée s’installer quelques temps à Paris.

Travaillant depuis douze ans dans le quartier, également dit «difficile» en raison des problèmes de drogue et de prostitution, de la Langstrasse, Nadine Schneider perçoit peu à peu les similitudes entre son nouveau quartier de résidence et le «Kreis 4» au bord de la Limmat.

Stéréotypes à surmonter

«Ce sont deux quartiers d’ouvriers, qui se sont tous deux agrandis avec le chemin de fer et sont devenus des quartiers d’accueil des immigrés, raconte Nadine Schneider. Et tous les deux hébergent de nombreux artistes, qui semblent y trouver beaucoup d’inspiration.»

D’où l’idée des échanges. Les deux quartiers étant, de par leurs problèmes, parsemés d’associations en tous genres, le projet se développe peu à peu avec les partenaires associatifs.

Caroline Palacio-Boer ne cache pas avoir dû surmonter quelques moues plus que sceptiques. «La Suisse, pour beaucoup, ça ne pouvait être que banques, confort, montagnes et chocolat. Il était intéressant de montrer aux habitants de la Goutte d’Or, qui se plaignent d’être stigmatisés et stéréotypés par les médias, qu’eux-mêmes pouvaient aussi avoir des stéréotypes à propos d’autrui.»

L’échange, dont les résultats sont actuellement présentés à Zurich sous la forme d’un festival, a finalement pris de l’ampleur et une vingtaine de projets ont été réalisés. Histoire, ethnologie, sociologie, musique, arts plastiques, chorales d’enfants: une exploration à mille facettes s’est mise en place.

Chemins de l’école

Des historiens ont eu l’idée de demander à trois générations de raconter leur chemin de l’école. Dans une salle de l’exposition, sur un écran de télévision, Ursula, 52 ans, raconte ainsi son enfance à la caméra, à côté de Kéklil, un ado de la Goutte d’Or, et de nombreux autres.

Des habitants se sont mis à correspondre, par courriel mais aussi par poste, certains s’écrivant chaque jour. Le résultat est publié sous forme de brochure, pour le moment en allemand seulement. La langue de communication n’a posé aucun problème, chacun se débrouillant en français ou, souvent, dans une langue latine.

A Paris, lors des ateliers en résidence, une intervention a particulièrement marqué les esprits, et probablement permis d’infléchir la mairie du 18e arrondissement, d’abord un peu réticente: «Rahel Hegnauer a fait un jardin temporaire, réussissant à faire participer des gens de tous âges et de tous horizons», se souvient Caroline Palacio-Boer.

Le rapprochement a aussi mis en lumière les différences. «La politique de rénovation est plus avancée à la Langstrasse, estime la responsable parisienne. Je pense aussi que les codes, par exemple des dealers, ne sont pas les mêmes.

Autre différence: à la Goutte d’or, les hommes issus de l’immigration prennent possession des lieux publics. Les femmes sont moins visibles.»

«Glocalisation» et «gentrification»

Pour Nadine Schneider, la thèse s’est totalement vérifiée que deux quartiers de deux villes différentes, éloignées de 500 kilomètres dans le cas présent, se ressemblent davantage que deux quartiers de la même ville. «C’est un signe de la «glocalisation», dit-elle, qui met en évidence l’importance grandissante du local au sein de la globalisation.»

Les participants ne veulent en tout cas pas se contenter de faire ami-ami: en échangeant leurs expériences, ce qui représente déjà en soi, dit Caroline Palacio-Boer, un «beau bol d’air», ils espèrent aussi trouver de nouvelles pistes pour régler leurs problèmes.

Un nouveau néologisme anglo-saxon finit par surgir à Zurich et à Paris: les habitants traditionnels des quartiers craignent une «gentrification», un «embourgeoisement» suite à l’arrivée d’une couche sociale plus aisée attirée par les appartements rénovés. Un processus qui est déjà en marche à Zurich.

De nombreux sponsors, y compris Pro Helvetia, soutiennent le projet, qui coûte 280’000 francs du côté suisse. La mairie du 18e arrondissement de Paris appuie également la démarche.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann à Zurich

La Langstrasse à Zurich est connue pour être le quartier de la prostitution et des dealers.
Dans le «Kreis 4» (27’000 habitants), la Langstrasse compte 10’400 habitants, dont 41,5% d’étrangers (30,2% en moyenne dans toute la ville en 2005) de 150 nationalités.
La Goutte d’Or est située dans le 18e arrondissement de Paris, qui abrite environ 185’000 habitants, soit le 2e arrondissement le plus peuplé de la capitale.
Le taux de chômage dans la Goutte d’Or est l’un des plus élevés de Paris avec plus de 20%. Il était de 3,3% pour Zurich en septembre 2006.

L’échange entre la Langstrasse de Zurich et la Goutte d’Or de Paris est né de la prise de conscience de leurs similitudes.

Entre 300 et 400 personnes ont participé d’une manière ou d’une autre à l’échange.

Artistes en résidences croisées, concerts, correspondance entre habitants, enquêtes sociologiques, historiques et ethnologiques ont été organisés.

Le résultat de ces «explorations géo-politiques» est présenté à Zurich dans le cadre du festival Zürich4Paris 18 (jusqu’au 10 novembre).

Le festival se tiendra du 16 mars au 4 avril 2007 à Paris.

L’ambassadeur suisse à Paris François Nordmann rappelle dans la préface du catalogue de l’exposition que l’Unesco avait lancé un concept semblable, le «réseau de cultures de quartiers».

L’idée est de favoriser les «activités culturelles que les résidents d’un quartier réalisent» et de mettre «en valeur le rôle de la culture en tant que moyen d’encourager le dialogue, la tolérance et le développement durable.»

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