L’humour, ce remède à tous les maux, même au coronavirus

«En attendant la grippe aviaire», une pièce d'Antoine Jaccoud aux accents prophétiques. Guillaume Perret

Railleur invétéré, le scénariste et dramaturge Antoine Jaccoud sait rire de tout. Il a même des dons prophétiques. En 2006, il signait une pièce qui prédisait, avec une tonalité caricaturale, l’état d’urgence que nous connaissons aujourd’hui. La gaudriole est l’alliée de cet homme de 62 ans. Avis aux angoissés!       

Ce contenu a été publié le 06 avril 2020 - 09:52
Ghania Adamo

Antoine Jaccoud porte sur son visage un air catastrophé qui resurgit en humour abrasif dans ses écrits. Lorsqu'il parle, apparaît au coin de sa bouche un sourire malicieux aussitôt ravalé par une moue douloureuse. 

Antoine Jaccoud est un scénariste et dramaturge vaudois. Il a participé à l’écriture de films et a composé de nombreuses pièces de théâtre, dont «En attendant la grippe aviaire» en 2006, qui racontait avec humour le quotidien d’un couple confiné chez lui en raison d’une pandémie. © 2012 Jean-Claude Péclet

Scénariste de films et dramaturge, le Vaudois scrute depuis longtemps les dysfonctionnements de notre société, qu’il écrabouille par un rire sardonique. Névrose familiale, sexualité frustrée, consommation effrénée de produits de toutes sortes, etc… sont ses sujets de prédilection auxquels s’ajoute une question épineuse: la santé. 

Antoine somatise! Il lui suffit par exemple de lire un article sur la mononucléose pour attraper le lendemain les symptômes de la maladie. Il y a une quinzaine d’années, il avait écrit «En attendant la grippe aviaire», juste après la propagation du virus H5N1. La pièce avait été montée à l’époque en Suisse romande, et le Théâtre Saint-Gervais à Genève en a proposé une captation récemment sur son site. À juste titre d’ailleurs, car ce texte prophétique décrit point par point, mais dans un esprit caricatural, l’état d’urgence, le confinement, les angoisses que nous vivons aujourd’hui. Entretien avec un auteur dont le remède reste le rire. 

swissinfo.ch: D’abord, comment allez-vous par les temps qui courent? 

Antoine Jaccoud: Oh! Il y a quelques jours je me sentais un peu fébrile, on m’a refusé un test parce que j’étais très bien portant. Mais je ne pense pas avoir somatisé (rires). J’avoue que je savoure chaque instant de cette décroissance du temps que la crise nous offre: j’observe les horaires que je veux et je n’entreprends que des activités que j’aime. Il est vrai qu’à cause de ce fléau j’ai perdu des mandats dont j’étais chargé, et donc du fric. Mais ça ne me préoccupe pas pour autant. Je suis tellement libre et tellement bien! 

Que ferez-vous plus tard ?

«Après tout, ce virus n’est-on pas allé le chercher dans la forêt où il sommeillait tranquillement?»

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Je n’y pense pas pour l’instant, je songe plutôt à l’an dernier et aux quatre mois que j’ai passés à Venise, en résidence d’écrivain. Il y avait un monde fou comme toujours dans cette superbe ville que des millions de touristes dénaturent chaque année. Or je vois qu’aujourd’hui les poissons reviennent dans la lagune, justement parce qu’elle est désertée par les humains; je ne peux que m’en féliciter car cela signifie que la nature reprend ses droits. 

On a même vu un sanglier se balader dans les rues de Barcelone et un puma dans un quartier de Santiago de Chili. Après tout, ce virus n’est-on pas allé le chercher dans la forêt où il sommeillait tranquillement? 


Dans «En attendant la grippe aviaire», vous parliez d’«ébullition planétaire», on y est! Vous voyez-vous comme un visionnaire?

Je ne veux pas jouer les fanfarons, mais disons que je fais partie des rares auteurs à avoir anticipé, à l’époque, les mesures d’urgence habituellement mises en place en cas de pandémie. Donc ce qui se passe maintenant, le confinement, la distanciation sociale, et qui ne s’était pas produit lors de la grippe aviaire, ne me surprend absolument pas. 

Vous aviez alors sous-titré votre pièce «Fin de la société de consolation», un trait d’humour cynique, non ? 

Consolation rime avec consommation. Or nous sommes privés aujourd'hui de tout le confort qui nous rassurait et dont nous disposions avant la crise: les restaurants, les spectacles, le cinéma, les achats compulsifs dans les magasins, etc… Regardez les ventes en ligne, elles explosent actuellement, avançant à coups de messages publicitaires plus que jamais envahissants. 

En somme, les «dealers» de la consolation ne sont plus dans la rue mais sur Internet, ce sont eux les cyniques. Leurs offres nous font-elles du bien? J’en doute fort! 

Adhérez-vous à l’idée que le rire renforce le système immunitaire?

«L’humour apporte une aide à l’acceptation. À ne pas confondre avec résignation.»

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Oui. En tout cas le rire, ça marche pour moi. J’écris en ce moment beaucoup de textes sur Facebook, c’est ma tribune satirique. Avec le temps, je pense avoir gagné en «zénitude». L’humour apporte une aide à l’acceptation. À ne pas confondre avec résignation.

Votre dernière pièce «Le sexe c’est dégoûtant», annulée comme tous les spectacles, aurait pu trouver sa place dans cette crise. Que dites-vous aux couples qui voient dans le virus un danger pour leurs relations sexuelles?

Oh! ils ne vont pas aimer ma réponse. Que voulez-vous que je vous dise? Oui, faire l’amour est un échange viral, vous vous rendez compte, toutes ces mycoses que l’on se transmet! C’est dégoûtant avant et après, peut-être pas au milieu… si tout va bien. De toute manière, tout ce qui est bon nous fait du mal, c’est bien connu, mais on l’avait un peu oublié car nous vivions dans un monde qui prétendait avoir évacué le principe du risque. Et voilà que ce virus nous tombe dessus! 

«Ce que je crains, c’est que cette crise soit une parenthèse qui se referme une fois que nous serons tirés d’affaire.»

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L’après-crise vous inquiète? 

Je vous ai dit tout à l’heure que je me sens bien. Mais bon, je ne vis pas uniquement comme un hédoniste au coeur de la pandémie. Je m’inquiète pour l’avenir de la planète. Ce que je crains, c’est que cette crise soit une parenthèse qui se referme une fois que nous serons tirés d’affaire. J’espère que l’humanité la saisira comme un avertissement, cette fois très sérieux. 

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