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Vers un régime de quasi parti unique en Russie

Au coeur de Moscou, intervention musclée de la police contre l'opposition russe. Ici Garry Kasparov lors de son arrestation le 24 novembre dernier

(AFP)

Le scrutin législatif russe de dimanche prend déjà l'allure d'un plébiscite en faveur de Vladimir Poutine, qui termine en mars son 2e mandat présidentiel. La répression de l'opposition ne suscite que peu de critiques.

Impuissante, la Suisse n'en continue pas moins de développer ses relations avec une Russie dont l'économie est en forte croissance, affirme le député Andreas Gross, observateur pour le compte du Conseil de l'Europe.

«Les résultats sont connus d'avance. Ce scrutin se transforme en plébiscite pour le président russe». Journaliste et auteur d'un livre «Russie, la loi du pouvoir. Enquête sur une parodie démocratique» (éd. Autrement, 2006), Thérèse Obrecht résume ainsi une analyse largement partagée par la presse helvétique à l'égard des élections législatives du 2 décembre.

Au terme d'une campagne marquée par une intimidation musclée de l'opposition, le parti de Vladimir Poutine – «Russie unie» – est donné largement gagnant dans les sondages. Il pourrait rafler les deux tiers des voix exprimées et se voir attribuer quelque 80% des sièges à la Douma, la Chambre basse du parlement, qui en compte 450 au total.

Les sièges restants seront répartis entre les partis parvenant à obtenir 7% des voix. Et selon les sondages toujours, seuls les communistes semblent assurés d'atteindre ce pourcentage.

«Nous ne sommes plus très loin d'un régime de parti unique», estime encore la journaliste longtemps correspondante à Moscou pour plusieurs médias suisses. Une perspective marquée par l'échéance du 2e mandat de Vladimir Poutine et les élections présidentielles de mars prochain.

Les vieilles hantises du KGB

Pour expliquer la répression qui s'est abattue sur les partis d'opposition et la société civile – des forces pourtant peu menaçantes pour le pouvoir en place – Thérèse Obrecht évoque le retour des vieilles hantises du KGB, les services secrets de l'Union soviétique, dont Vladimir Poutine est issu.

«Le pouvoir russe craint une révolution orange, en référence au mouvement qui a renversé le pouvoir en Ukraine en novembre 2004. Raison pour laquelle il continue de dénoncer les ONG en leur reprochant d'être financées par des étrangers», souligne Thérèse Obrecht.

Quant à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), elle a fini par renoncer à envoyer des observateurs pour les législatives du 2 décembre.

«Les Russes ont tellement mis de bâtons dans les roues que les observateurs ont dû renoncer à leur mission, ce qui affaiblit considérablement la qualité de notre travail», regrette le parlementaire zurichois Andreas Gross, qui s'envole ce vendredi pour Ekaterinenburg en Sibérie comme observateur des législatives russes pour le compte du Conseil de l'Europe.

«Sur 40 élections que j'ai observées ces dix dernières années pour le Conseil de l'Europe, c'est seulement la cinquième fois que cela m'arrive», constate encore le député socialiste.

Un acteur au poids grandissant

Face à cette situation, les chancelleries occidentales n'ont que peu réagi. Seuls les Etats-Unis et l'Union européenne ont émis des protestations.

«Si on ne peut pas contribuer à changer les choses, il vaut peut-être mieux ne rien dire, surtout si c'est pour protéger des intérêts économiques plutôt que les droits de l'homme», remarque, un peu désabusé, Andreas Gross.

Cela dit, la question des droits de l'homme a bel et bien été évoquée lors de la récente visite de la présidente de la Confédération en Russie, assure Lars Knuchel.

Le porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères précise que des questions majeures comme le nucléaire iranien ont également figuré au menu des longues discussions (3 heures) entre Micheline Calmy-Rey et Vladimir Poutine. Un président dont le pays s'affirme toujours plus comme une puissance globale.

Ce poids politique grandissant de la Russie sur la scène internationale n'est toutefois pas la seule raison qui pousse Berne à renforcer ses liens avec Moscou.

Croissance en demi-teinte

La Russie connaît une forte croissance, stimulée par la hausse du prix des hydrocarbures. Ce pays est le troisième producteur et le deuxième exportateur mondial de pétrole.

«C'est une économie en plein développement avec des taux de croissance impressionnants qui est en train de se diversifier, notamment dans le secteur des produits de consommation. Preuve en est qu'en Russie, environ 600 compagnies travaillent d'une manière ou d'une autre avec une participation suisse», souligne Daniel Hunn, responsable des affaires économiques à l'ambassade de Suisse à Moscou.

De son coté, Thérèse Obrecht tient à relativiser ces radieuses perspectives. «Les Russes ont voulu l'ordre et pourtant la corruption est galopante sous Poutine. De plus, les oligarques russes placent une partie de leur fortune à l'étranger, car ils n'ont pas confiance dans le système bancaire russe», relève la journaliste avant de rappeler que 30% environ des 144 millions d'habitants vit dans la misère.

swissinfo

Des tonnes d'or russe en Suisse

En 2006, la Suisse a vendu à la Russie des marchandises pour 2,2 milliards de francs, principalement des produits pharmaceutiques, des machines, des montres et de la bijouterie.

La Russie quant à elle a vendu à la Suisse pour 1,9 milliards, surtout de matières premières (un bon tiers du gaz consommé en Suisse vient du pays de Vladimir Poutine) et de produits chimiques.

Mais ces chiffres ne sont rien en regard des 12 milliards d'exportations de la Russie vers la Suisse, qui n'apparaissent que dans les statistiques de Moscou et pas dans celles de Berne.

Explication de l'Administration fédérale des douanes: il s'agit «pour l'essentiel» de ventes d'or. Depuis 1981, la Suisse ne donne plus de statistiques par pays pour ce commerce, dont elle est le principal marché mondial. Seul le chiffre global est disponible. En 2006, près de 1500 tonnes de métal jaune sont ainsi entrées dans le pays, pour près de 30 milliards de francs.

Traditionnellement, on sait que cet or vient avant tout d'Afrique du Sud et de Russie (anciennement d'URSS). Il se vend de banque à banque. Les acheteurs suisses procèdent à son raffinement, le coulent en lingots et le revendent souvent très vite, réalisant au passage un bénéfice qui en 2006 s'est chiffré à quelque 6000 francs par kilo.

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Investissements suisses en Russie

En 2006, les investissements suisses en Russie s'élevaient (d'après les statistiques russes) à 2'047 millions de dollars.

La Suisse est ainsi le 8ème investisseur en Russie avec des entreprises comme Nestlé, ABB, Holcim, Kronostar (bois), Omya, Barry Callebaut, Liebherr ou Schindler.

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Le pétrole russe se négocie à Genève

La Russie est aujourd'hui le troisième producteur et le deuxième exportateur mondial de pétrole. Les trois quarts de ce trafic se négocient à Genève et dans la région lémanique, via des sociétés de «trading», qui achètent, organisent le transport et revendent le brut ou les produits raffinés.

Si l'arc lémanique est devenu ce centre mondial du commerce du pétrole (et d'autres matières premières), devançant nettement Londres, c'est grâce à la discrétion, aux compétences, à la qualité de vie et à la fiscalité attractive qu'offrent la région.

Malgré cela, la Russie ne fournit directement à la Suisse qu'une part infime de son pétrole, qui vient surtout d'Allemagne pour les produits raffinés, de Libye et du Nigéria pour le brut.

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