A la recherche d’un nouvel «Esprit de Davos»
Davos doit continuer à accueillir le Forum économique mondial, l'année prochaine et les suivantes. Le gouvernement cantonal des Grisons en est convaincu, malgré les menaces qui pèsent de plus en plus sur ce genre de sommet. Mais il se lance en même temps un défi: désamorcer les tensions entre pro-et anti-globalisation.
Davos doit-elle garder son Forum économique mondial? Est-il encore possible d’organiser dans la célèbre station de montagne une réunion aussi ambitieuse et aussi exposée? La question est brûlante après le traumatisme de Gênes, en juillet dernier. Tout sommet international semble devoir désormais répondre au même scénario: manifestations monstres, débordements violents, répression policière.
A Davos, c’est depuis 1999 qu’ont lieu chaque année, durant le Forum, des manifestations anti-mondialisation. En janvier dernier, les forces de sécurité avaient réussi à parfaitement assurer le bon déroulement de la manifestation.
Mais elles avaient dû, pour cela, transformer la petite ville en forteresse, en la coupant du monde. Du coup les violences avaient éclate ailleurs, en particulier à Zurich. Beaucoup s’étaient alors demandé si l’organisation de cette réunion à Davos était encore, dans ces conditions, judicieuse.
Peter Arbenz à la rescousse
Oui, a donc répondu ce jeudi le gouvernement de Coire. S’appuyant sur l’analyse effectuée ces derniers mois par l’ancien haut fonctionnaire fédéral Peter Arbenz, les autorités mettent en évidence le rôle de premier plan que joue cette manifestation sur la scène internationale. Mais elles assortissent leur soutien d’un certain nombre de réserves, notamment quant à l’évolution des conditions de sécurité.
Elles s’inquiètent aussi de l’explosion des coûts engendrés par la manifestation. Pour l’édition 2001 du Forum, environ 8 millions de francs suisses sont restés à la charge des collectivités publiques, dont près de la moitié pour le canton des Grisons. «Ces coûts ne peuvent pas continuer à augmenter», avertit la responsable des finances, Eveline Widmer-Schlumpf.
Le gouvernement cantonal reconnaît également que des erreurs ont été commises lors du bouclage de la station. «Certaines personnes se sont vues à tort interdire l’accès à Davos», relève-t-il, tout en attribuant dans l’ensemble une bonne note à l’opération de police.
Nouvelles règles du jeu
Il admet aussi la nécessité, à l’avenir, d’une plus grande transparence, et surtout d’une meilleure intégration des voix critiques dans le déroulement du Forum. A terme, les autorités imaginent jeter les bases d’un renouvellement de l'»esprit de Davos», l’atmosphère particulière de la réunion, à laquelle on a souvent attribué, dans le passé, des progrès sur des dossiers épineux de politique internationale, comme la transition en Afrique du Sud ou encore le Moyen Orient.
Il s’agirait cette fois de faire de Davos un lieu privilégié de dialogue autour des maux et des bienfaits de la globalisation. Sur le mode pacifique évidemment. Les autorités vont mettre sur pied un groupe de travail, chargé de prendre contact notamment avec les représentants de la société civile.
Le défi est ambitieux. Reste à savoir si les organisations non-gouvernementales répondront à l’invitation et si les éléments violents du mouvement anti-mondialisation pourront être isolés. A voir enfin si le Forum économique mondial, qui reste un club privé, est prêt à accepter de nouvelles règles du jeu.
Pierre Gobet, Coire
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