Au Rwanda, Carla Del Ponte élargit son enquête
Jusqu'à présent, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) n'enquêtait que sur le génocide des Tutsis par les Hutus. Dorénavant, la Suissesse Carla Del Ponte va poursuivre les responsables des massacres perpétrés contre les Hutus.
Les récents entretiens entre le procureur du TPIR, et le président rwandais Paul Kagame sont passés inaperçus. Ils amorcent pourtant un tournant dans la lutte menée contre les «génocidaires» dans ce petit pays d’Afrique centrale.
Depuis six ans, la justice internationale n’enquêtait que sur les atrocités commises en 1994 par l’ancien régime, dominé par les Hutus et qui ont provoqué la mort d’au moins 800 000 personnes, essentiellement tutsies.
En revanche, le TPIR n’a jamais arrêté un seul membre du Front patriotique rwandais (FPR), actuellement au pouvoir, et composé presque exclusivement de Tutsis. Laurent Walpen, chef des investigations du TPIR explique ce choix: «Juger les responsables du génocide était une priorité et le tribunal manquait d’effectif pour lancer des enquêtes contre les responsables des exactions commises contre les Hutus durant cette même année 1994».
Selon certaines sources, 200 000 Hutus auraient été massacrés par le FPR, lors de son offensive sur Kigali. «Mais les experts sont fortement divisés sur cette question», tient à préciser le genevois Laurent Walpen.
Quoi qu’il en soit, Carla Del Ponte a demandé la collaboration du Rwanda afin d’avoir accès à de la documentation et de pouvoir entendre des témoins. D’après Laurent Walpen, le président Kagame lui a assuré la pleine collaboration de son pays et de son gouvernement. En outre, selon le procureur du TPIR, le gouvernement rwandais ouvrirait, lui aussi, des enquêtes sur des massacres commis par des membres de son parti.
L’ancien procureur de la Confédération n’exclut pas de pouvoir établir dès cette année des actes d’accusations contre des soldats du Front patriotique rwandais. Laurent Walpen précise que trois dossiers ont déjà été ouverts.
On peut toutefois se demander jusqu’à quel grade le Tribunal pénal international pourra remonter. L’organisation Human Rights Watch n’a-t-elle pas désigné en 1997 le général Kagame comme le premier responsable des massacres perpétrés contre les Hutus?
Paul Kagame pourrait également être mis en cause dans l’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira et qui a précipité le déclenchement du génocide. Cette affaire fait l’objet d’une enquête française menée par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière.
Or, Carla Del Ponte doit rencontrer très prochainement à Arusha le juge français. Si les investigations du magistrat parisien apportent suffisamment d’éléments accréditant la thèse d’un attentat lié à l’organisation du génocide, le procureur du TPIR pourrait à son tour ouvrir une enquête. Une éventualité jugée tout à fait vraisemblable par Laurent Walpen.
Ian Hamel et Frédéric Burnand
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