Bâle: un directeur de théâtre rattrapé par son passé
L´Allemand Michael Schindhelm, qui a récemment avoué avoir travaillé pour la Stasi, doit-il démissionner? A Bâle, le débat est lancé. Et le Conseil d'administration du théâtre, qui se réunit ce lundi, ne peut pas manquer d'aborder la question.
C’est l’histoire tragique, mais hélas loin d’être unique, d’un informateur de la Stasi, la sinistre police politique de la défunte RDA, l’ex-Allemagne de l’Est. Recruté en 1984 – il avait 23 ans – alors qu’il étudiait en URSS, victime d’un chantage, notamment parce qu’il avait des contacts à l’Ouest, il est forcé à la collaboration.
L’aveu agite pourtant, depuis quelques jours, le monde de la culture à Bâle et en Suisse alémanique. C’est parce qu’il émane de Michael Schindhelm, citoyen allemand, qui dirige depuis la saison 1996-97 le théâtre de la ville des bords du Rhin. Un témoignage écrit à la première personne et publié par la Basler Zeitung et l’hebdomadaire allemand Die Zeit.
Depuis, la polémique s’est installée: «Schindhelm doit partir» titrait ainsi vendredi le quotidien zurichois Tages Anzeiger. Une démission? Le Conseil d’administration de la Coopérative du théâtre, qui chapeaute l’institution, en discutera sans doute lors de sa réunion, ce lundi. Mais son président a d’ores et déjà réitéré son soutien au directeur, tout comme les représentants des autorités bâloises.
Pour beaucoup, Schindhelm est avant tout une victime. Lui-même affirme d’ailleurs n’avoir causé de tort à personne en RDA. Il aurait également rapidement informé ses amis à l’Ouest de ses liens avec la Stasi. En outre, dès son entrée en fonction, il a informé ses employeurs bâlois des zones d’ombre de son passé.
Mais ce n’est qu’aujourd’hui que la vérité éclate au grand jour. Et c’est cela, principalement, que Schindhelm se voit désormais reprocher: avoir trop attendu pour parler. Le directeur invoque d’ultimes recherches et l’accès très récent à un dossier de 260 pages le concernant.
Cela ne convainc guère ses critiques. Il faut dire qu’avant même ces révélations, le théâtre traversait une période difficile, confronté notamment à une baisse de fréquentation. Or mardi, lors d’une soirée-débat face son public, le directeur n’a pas dit un mot sur son douloureux passé.
C’est pourtant le surlendemain qu’a paru son aveu dans la presse. Certains considèrent ainsi que la confiance est rompue. La Basler Zeitung pense que si Schindhelm s’était présenté sous son vrai jour, en 1996-97, il ne serait pas devenu directeur du théâtre. Et le Tages Anzeiger pose ce jugement: «Celui qui souhaite la confiance du public doit lui-même être crédible. Or Schindhelm ne l’est plus.»
Pierre Gobet, Zurich
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.