Carla Del Ponte fait contre mauvaise fortune bon coeur
La magistrate suisse repart de Belgrade les mains vides mais les poches pleines d'espoir. En trois jours, le procureur du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie a rencontré le président Kostunica, trois de ses ministres, le Premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic, et des officiels yougoslaves.
La Suissesse ne nie pas que l’entretien avec le nouveau chef de l’Etat s’est mal passé: «J’ai eu droit à une longue tirade politique. La seule chose qu’il attendait de moi, c’est que je reste assise à l’écouter», dit-elle.
Mais elle affirme que les autres entretiens se sont bien passés. «Je quitte Belgrade avec la ferme conviction que la coopération est en route. La volonté politique est bien présente».
Pour l’instant, force est de constater qu’on en reste aux déclarations d’intention. Certes, le Bureau du Procureur pourra ouvrir un bureau à Belgrade et aura accès aux témoins serbes d’exactions, réfugiés dans le pays. Mais une telle décision est de toute manière dans l’intérêt du gouvernement yougoslave.
Concernant l’arrestation et la livraison de Slobodan Milosevic et de ses co-inculpés, il faudra encore attendre. Combien de temps? Au mieux quelques mois, le temps que le gouvernement mette sa législation en conformité avec les exigences du Tribunal. Un obstacle que Carla Del Ponte accepte désormais comme valide.
Pourtant, on est en droit de s’interroger: le procureur ne pêche-t-elle pas par excès d’optimisme? Ses déclarations sont en totale contradiction avec celles distillées par ses interlocuteurs qui répètent que Milosevic doit absolument être traduit devant une juridiction yougoslave.
Quoiqu’il en soit, Carla Del Ponte ne peut que s’armer de patience. La livraison de Milosevic constituera le «véritable test de la volonté de coopérer de Belgrade», conclut-elle.
Alain Franco, Belgrade
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