Crime contre l’humanité: Carla Del Ponte remporte une première bataille
Pour la magistrate suisse la reddition de l'ex-présidente serbe bosniaque Biljana Plavsic est une victoire prometteuse. La cheffe du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie espère en tirer profit pour coincer Karadzic et Milosevic.
Image inhabituelle que celle offerte mercredi par le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie: devant une salle de presse comble, Carla Del Ponte assise à côté de l’avocat de Biljana Plavsic confirmant la reddition, sans conditions, de celle qui fut l’une des plus ferventes passionarias de la cause serbe en Bosnie.
Le procureur avait de bonnes raisons de sourire: il est rare que des accusés se rendent de plein gré au TPI. Avant Plavsic, seuls neuf détenus avaient osé faire volontairement le voyage vers la prison de La Haye, la plupart sous la pression de leur gouvernement, la Croatie.
Par ailleurs, Biljana Plavsic n’est pas la première venue: selon l’acte d’accusation, elle était vice-présidente de la République serbe de Bosnie, au côté de Radovan Karadzic, membre de l’Etat major, et du Conseil de protection de l’ordre constitutionnel, l’organe qui supervisait de façon quotidienne la police serbe de Bosnie, responsable de nombreuses exactions. 35ème détenue aux mains du Tribunal, elle est sans conteste l’accusée la plus célèbre de l’institution.
Enfin, troisième raison de se réjouir, au moins à priori: Carla Del Ponte a brièvement rencontré Mme Plavsic et elle a la conviction que l’accusée est disposée à collaborer avec ses services.
En échange d’informations de valeur pour les autres enquêtes du procureur, notamment concernant Slobodan Milosevic, l’ancienne «Dame de fer» des Serbes pourrait obtenir une réduction de peine au cas où elle serait reconnue coupable.
Ayant appris qu’elle était recherchée, l’ancienne professeur de biologie, âgée de 70 ans, avait entamé des négociations voici un mois avec des procureurs des Nations Unies. Son inculpation avait été approuvée par le tribunal en avril dernier, mais on l’a tenue secrète jusqu’à mercredi.
Mme Plavsic répondra cette semaine de génocide et de crimes de guerre. Elle faisait partie de la liste secrète d’inculpés dont dispose le TPI. Elle est la première femme à être inculpée de crimes de guerre en Bosnie par ce tribunal. Une première audience a été fixée à jeudi.
Alain Franco, La Haye
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