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Cyclisme: l’œil humain défie l’ordinateur sur la ligne d’arrivée

Joël Ménard, commissaire international et juge à l’arrivée. swissinfo.ch

Dans les courses cyclistes la photo-finish n'a pas renvoyé le juge à l'arrivée aux oubliettes. Joël Ménard, commissaire international, parle de sa passion, de son secret pour donner, dans l'ordre, les 15 premiers d'un peloton lancé à 70-80 kilomètres/heure.

Le cyclisme a aussi ses arbitres: les commissaires nationaux ou internationaux. Leurs tâches sont diverses. L’introduction de la photo-finish, a-t-on pensé, allait renvoyer aux oubliettes le juge à l’arrivée. Dont les dernières tâches resteraient la lecture de la dite photo-finish et l’entérinement des résultats.

Cependant, son rôle est resté primordial. Joël Ménard, commissaire UCI, juge à l’arrivée du Tour de France, notamment, en est à son huitième Tour de Romandie. La cinquantaine, il a conservé sa vivacité d’esprit, une grande acuité visuelle et une excellente diction. Les trois qualités essentielles de son art.

«Juge à l’arrivée est la fonction que je préfère», affirme-t-il. L’homme est capable d’énoncer sans erreur, dans l’ordre, les 15 premiers d’un peloton déboulant à toute allure. «Après, la marge d’erreur est d’une ou deux places jusqu’au 30e, parfois jusqu’au 35e…»

Une prestation hors du commun. «Mon secret? Ma mémoire photographique. Je la puise dans la nature en observant sa beauté, son environnement, du moindre détail aux plus grandes choses, au cours de longues promenades afin d’entretenir ma forme physique», explique-t-il. Sans occulter sa triple séance hebdomadaire sur un pont du périphérique à Paris: «pendant un quart d’heure j’énonce les numéros des plaques minéralogiques des voitures».

Reste à passer à la pratique. «A l’arrivée du peloton je «photographie» dans ma tête les coureurs de la tête du peloton. Lorsqu’ils sont à 50 mètres de la ligne je me fixe sur cette dernière», explique Joël Ménard.

Dans le milieu l’homme est considéré comme «un tout bon». Mais il lui arrive aussi de se tromper. Lors d’une réunion sur piste à Bercy il donnait Mottet vainqueur à la place de Zoetemelk. Tous deux étaient revêtus de leur maillot national, aux couleurs identiques. «Je me suis fixé sur eux au lieu des numéros de dossard…», s’excuse-t-il.

Sa revanche, il l’a prise en 1990 à Roubaix, à l’arrivée de l’enfer du Nord. Il déclara Eddy Planckaert vainqueur devant Steve Bauer alors que le chronomètre affichait 1/1000e de seconde entre les deux hommes.

A la lecture de la photo, impossible de déterminer le vainqueur. Seul son agrandissement sur le grand panneau d’arrivée du stade a finalement permis de voir la différence. «J’avais 50% de chances d’avoir raison», lâche-t-il. Modeste.

Pierre-Henri Bonvin, Payerne

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