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Dernière ligne droite pour la commission Bergier

Jean-François Bergier, le président au milieu de sa commission. Keystone

Avec la publication de huit nouvelles études, jeudi, la commission d'experts "Suisse - Seconde Guerre mondiale" livre les premiers éléments de son rapport final. Son mandat se termine à la fin de cette année. Cinq ans de recherches scientifiques, mais aussi de polémiques. Premier bilan d'une entreprise unique en son genre.

Décembre 1996, août 2001. Il aura donc fallu presque cinq ans pour que la commission livre les huit premiers tomes de ses conclusions. «Trop long pour certains, ce délai a été pour nous terriblement court», a souligné jeudi à Berne le président de la commission d’experts, le professeur Jean-François Bergier. Le temps des historiens n’est décidément pas le même que celui de l’actualité.

Une entreprise exceptionnelle

La commission avait été créée en pleine tourmente, par une Suisse accusée, pêle-mêle, d’avoir collaboré avec l’Allemagne nazie, d’avoir confisqué les biens de ses victimes, ou encore d’avoir prolongé la guerre.

Voilà aujourd’hui les historiens en train de livrer les fruits de leur enquête. Mais entre-temps, la tempête est passée, suite à la conclusion de l’accord global entre les grandes banques suisses et les représentants des victimes du nazisme.

L’entreprise n’en demeure pas moins exceptionnelle. Dotée d’un budget de 22 millions de francs suisses, la commission, constituée d’experts suisses et étrangers, a dirigé le travail de plusieurs dizaines d’historiens.

Surtout, elle a eu, grâce aux mesures prises par le parlement en décembre 1996, un accès illimité à toutes les archives publiques, mais aussi privées. Un privilège unique. Aucun autre pays – ils sont une quinzaine à se livrer au même type d’exercice – n’est allé aussi loin.

Patience et discernement

Le résultat: un rapport en 25 volumes, soit plusieurs milliers de pages, allant des fonds en déshérence au transit ferroviaire, en passant par les réfugiés ou l’industrie d’armement. Le président de la commission l’a avoué jeudi: «Le lecteur qui se plongera dans ces études aura probablement l’impression de se noyer. Il lui faudra patience et discernement».

Une densité que revendique la commission. Motif: les archives des entreprises vont maintenant se refermer. «Nous avons préféré bourrer un peu nos études d’informations, de citations, de manière à ce qu’une partie du matériel ne soit pas tout à fait perdue», note Jean-François Bergier. Qui ne désespère pas de voir l’économie décider de rendre ses archives accessibles aux autres chercheurs: «Cette vérification est souhaitable. Car nous ne pouvons pas prétendre avoir tout vu, tout interprété.»

Reste à savoir ce que l’énorme travail de ces dernières années apportera, en définitive. L’évaluation va prendre du temps. Mais la commission avertit: il n’y a pas et il n’y aura pas de révélations fracassantes. «L’apport immense de ces travaux, explique Saul Friedländer, l’un des experts étrangers, c’est de montrer des nuances que personne ne connaissait auparavant, de donner une image beaucoup plus complexe de la réalité.»

Pierre Gobet

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