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Des actionnaires d’Air France mettent en cause la société lausannoise Forus

Le logo de la société lausannoise Forus, photographié en mars 2000 devant le World trade center de Lausanne. Keystone Archive

Jean Treccani, juge d'instruction à Lausanne, hérite d'un bien curieux dossier: plutôt que de payer des taxes à la Fédération de Russie pour pouvoir survoler la Sibérie, Air France rémunérait la société Forus, dans le canton de Vaud.

Jean-Paul Baduel, l’avocat parisien de l’Association Collectif UTA, qui regroupe des actionnaires minoritaires d’Air France, ne garde pas sa langue dans sa poche. Dans une lettre du 20 août dernier, adressée au juge suisse Jean Treccani, il évoque d’«éventuelles» malversations à «hauteur minimum de 800 millions de francs français», soit presque 200 millions de francs suisses.

De quoi s’agit-il exactement? Pendant des années, Air France n’aurait pas réglé son droit de survol pour la route trans-sibérienne à la Fédération de Russie et à la compagnie Aeroflot, mais à une obscure société, Forus Services SA, installée à Lausanne.

Or, Forus a été créée en 1992 par Boris Berezovski, l’un des oligarques russes les plus controversés, actuellement en exil. Pourquoi la compagnie Air France a-t-elle acceptée cette étrange opération portant sur des millions de francs?

Accusation de blanchissage

Les actionnaires minoritaires d’Air France, défendus à Paris par Jean-Paul Baduel, et en Suisse par l’avocat Eric-Alain Bieri, installé à La Chaux-de-Fonds, ont déposé une plainte en avril dernier à Lausanne. Ils considèrent que les fonds versés par la compagnie française «ont été dilapidés». Et que Forus a pu mener des opérations financières «tout à fait fructueuses à son seul profit».

Pour juger cette plainte recevable, le juge vaudois Jean Treccani voulait savoir en quoi l’Association Collectif UTA se sentait «lésée directement» dans cette opération. Jean-Paul Baduel répond que la complicité entre Air France et Forus est évidente. Pour preuve, la compagnie tricolore aurait «obtenu dans des conditions surprenantes le marché d’entretien des appareils B 747 financés par l’ayant droit économique de la société Forus».

Pour l’avocat des actionnaires minoritaires d’Air France, il s’agirait d’une «participation active à un mécanisme de blanchissage». Face à de telles attaques, ni le transporteur français, ni Forus ne devraient rester sans voix très longtemps.

Ian Hamel

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