Genève va demander des comptes à SAirGroup
Les parlementaires genevois veulent que lumière soit faite sur les stratégies et les méthodes de SAirGroup. Vendredi soir, ils ont accepté une motion demandant au gouvernement cantonal de réclamer au groupe aérien des comptes en bonne et due forme.
Dans leur argumentation, les auteurs de la motion n’y vont pas de main morte: «la démission en bloc du conseil d’administration (de SAirGroup) a pour objectif de masquer la faillite des théories néo-libérales … Il est proprement scandaleux qu’en plein marasme du groupe, des responsables quittent le navire en refusant d’assumer les conséquences de leurs choix stratégiques».
Les députés genevois, qui ont suivi sans débat la proposition urgente déposée par l’Alliance de gauche et les Verts, ont donc montré qu’ils n’avaient nulle envie de classer le dossier SAirGroup, bien au contraire.
Ils réclament un maximum de transparence et, d’une certaine manière, ils ne font en cela que leur devoir, puisque l’État de Genève est lui-même actionnaire du groupe. A ce jour, il possède 311’695 actions nominales, dont la valeur n’a cessé de dégringoler au cours des dernières semaines, passant chacune de près de 400 à moins de 200 francs suisses.
Les parlementaires appellent donc le gouvernement genevois à participer à la prochaine assemblée générale des actionnaires de SAirGroup, en avril prochain, avec pour mandat: 1) de refuser la décharge des membres du conseil d’administration, 2) de refuser la décharge des comptes et 3) de réclamer la création d’un nouvel organe de contrôle chargé de vérifier les comptes.
Par ailleurs, le gouvernement cantonal est invité à engager «toutes actions civiles et pénales contre les membres du conseil d’administration et les dirigeants précédents, en vue de leur faire assumer les responsabilités financières auxquelles ils tentent de se soustraire».
S’il n’y a pas eu débat, c’est – en plus de l’heure tardive – parce que les députés savaient déjà que l’exécutif cantonal allait pratiquement dans leur sens. Sa vice-présidente, Micheline Calmy-Rey, est d’ailleurs venue confirmer ses intentions.
Le manque d’information sur la situation financière réelle de SAirGroup justifie, dit-elle, la demande d’une expertise spéciale de bilan. Un petit noyau d’actionnaires s’y attelle déjà et le gouvernement genevois s’y ralliera vraisemblablement.
Le Conseil d’État a d’ores et déjà décidé qu’il ne voterait ni la décharge du conseil d’administration du groupe, ni celle de son organe de contrôle. Il veut que cette démarche de transparence s’applique également aux stratégies globales et pas seulement à l’exercice comptable 2000.
Enfin – et en cela il ne va pas aussi loin que la motion parlementaire – l’exécutif genevois «examinera aussi la possibilité d’entreprendre une action en dommages et intérêts et en responsabilité». Mais il le fera en coordination avec d’autres actionnaires institutionnels, notamment avec la Confédération et avec les autres cantons aéroportuaires, Zurich et Bâle.
Sans une démarche parallèle d’autres cantons et de l’État fédéral en particulier, on ne voit guère en effet comment Genève pourrait se lancer seule dans une action en justice «contre ceux qui ont joué avec l’argent des collectivités publiques et des actionnaires privés».
Bernard Weissbrodt
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.