Guatemala: libération en vue pour deux Suisses
Depuis mardi, la libération de Nicolas Hänggi et de Silvio Giovanoli est devenue possible.
Les conditions sont réunies pour une libération anticipée des deux Suisses emprisonnés depuis 6 ans pour trafic de drogue. Mais le dernier mot revient au juge.
La sortie du tunnel semble proche pour Nicolas Hänggi et Silvio Giovanoli, impliqués en 1997 dans une affaire de trafic de drogue au Guatemala. Sur place, l’ambassade de Suisse confirme que la justice pourrait se prononcer sur une demande de libération anticipée.
Cette décision peut être prise dès le 5 août. En effet, au Guatemala, la procédure légale prévoit un délai de six mois entre la présentation d’une demande de libération anticipée et la décision de la justice.
Le fonctionnaire helvétique chargé de suivre le cas, Peter Brunold, confirme que les conditions nécessaires à une libération anticipée sont bel et bien réunies en raison de la bonne conduite des détenus.
Daniella Stoffel, porte-parole du Ministère suisse des Affaires étrangères, indique cependant n’avoir reçu aucune communication officielle du Guatemala concernant une prochaine libération.
Une affaire digne d’un roman
En août 1997, la police arrête Andreas Hänggi (directeur de la filiale guatémaltèque de Nestlé), son fils Nicolas et Silvio Giovanoli. Elle les accuse de faire partie de la «german connexion». En effet, 13 kilos de cocaïne ont été découverts dans un container appartenant à une société de Silvio Giovanoli.
Dès le début, les accusés se déclarent innocents. Cependant, le 25 septembre 1998, un tribunal de Puerto Barrios condamne Nicolas Hänggi et Silvio Giovanoli à 20 ans de prison. Andreas Hänggi écope de 12 ans pour complicité.
En 1998, le Ministère suisse des Affaires étrangères fait pression sur le gouvernement guatémaltèque afin d’obtenir un nouveau procès.
Berne considérait que le premier jugement était entaché d’erreurs de procédures. De plus, l’avocate d’Andreas Hänggi, Lea María de León, accuse le juge chargé de l’affaire de l’avoir harcelée sexuellement.
Un juge destitué, l’autre assassiné
Le 10 décembre 1998, la Cour suprême du Guatemala destitue ce juge. Le 12 février 1999, le Tribunal d’appel de Zacapa acquitte Andreas Hänggi pour absence de preuves et le libère. De leur côté, les deux jeunes Suisses voient leurs peines ramenées à 3 et 5 ans de prison.
Mais un mois plus tard, le Ministère public recours contre cette décision. Il estime en effet que les autorités suisses ont fait pression pour obtenir la liberté de l’ancien directeur de la filiale de Nestlé au Guatemala.
Le 9 avril 1999, le Parlement guatémaltèque destitue le juge du tribunal, Abraham Estrada. Ce dernier est soupçonné de corruption dans le cadre de la libération d’Andreas Hänggi.
En mai 1999, Herberto Zapata, l’autre juge qui a condamné les deux jeunes Suisses, est assassiné par des inconnus. Ce meurtre est attribué à la «german connexion». Via leurs avocats, les Suisses indiquent n’avoir strictement rien à voir avec cette affaire.
La Cours suprême ordonne finalement la tenue d’un nouveau procès auquel Andreas Hänggi n’assiste pas. Le 26 avril 2000, le Tribunal d’appel condamne Nicolas Hänggi et Silvio Giovanoli à 12 ans de prison. La défense fait appel, mais le recours est refusé.
Les deux jeunes Suisses clament toujours leur innocence. Mais ils changent de tactique et décident de jouer la carte d’une éventuelle libération anticipée en invoquant leur bonne conduite.
Etant donné qu’ils ont déjà accompli la moitié de leur peine, les deux prisonniers ont reçu le 9 janvier dernier les documents nécessaires à une demande de libération anticipée.
La Suisse plus discrète
Comme l’indique le Ministère suisse des Affaires étrangères, les autorités suisses ont également décidé de changer de stratégie. Il n’est plus question de pressions diplomatiques.
Désormais, elles se contentent de suivre l’affaire à distance pour ne pas torpiller la demande de libération anticipée.
Concrètement, cette stratégie se résume en des visites épisodiques aux deux détenus. Ceux-ci jouissent de bonnes conditions de détention. Ils collaborent par ailleurs avec les autorités pénitentiaires en effectuant quelques travaux de secrétariat.
A Berne, le cas est toujours considéré comme délicat en raison des nombreux rebondissements vécus jusqu’à présent. De plus, le fait qu’Andreas Hänggi ne se soit pas présenté à son second procès est un handicap qui pourrait nuire à la demande de libération anticipée de son fils et de Silvio Giovanoli.
La justice guatémaltèque a lancé un mandat d’arrêt international contre l’ancien directeur de la filiale de Nestlé, aujourd’hui établi en Argentine. Cette situation explique la très grande prudence des autorités suisses dans la poursuite de cette affaire.
swissinfo, Alberto Dufey
(Traduction: Olivier Pauchard)
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