Jean-Claude Duvalier: je n’ai pas de fondation en Suisse…
L'ancien président d'Haïti dément que les 7,5 millions de francs bloqués par le Conseil fédéral lui appartiennent.
La semaine dernière, le Conseil fédéral a utilisé les pouvoirs exceptionnels qui lui sont conférés lorsque la sauvegarde des intérêts du pays est, pour bloquer 7,5 millions de francs. Cet argent appartiendrait à une fondation indirectement liée à Jean-Claude Duvalier, l’ancien président à vie d’Haïti.
Pourquoi le gouvernement utilise-t-il des moyens aussi disproportionnés? Tout simplement pour venir à la rescousse de la justice suisse, contrainte de restituer les avoirs de l’ancien dictateur et de sa famille. En effet, depuis 1986, année de la fuite de Jean-Claude Duvalier, Berne n’a jamais pu collaborer sérieusement avec Port-au-Prince.
«Je croyais qu’il y avait séparation des pouvoirs en Suisse. Je constate que l’exécutif empiète sur le judiciaire», proteste Dominique Poncet, l’avocat genevois de Jean-Claude Duvalier. Et d’ajouter, «de plus, ni cette fondation, ni les 7,5 millions ne sont apparus précédemment dans la procédure».
Plus d’argent en Suisse
Quant à l’ancien président d’Haïti, que swissinfo a pu joindre par téléphone, il s’étonne de l’existence de cette fondation. «Je n’ai aucune idée de l’identité du bénéficiaire. Pour ma part, je n’ai pas d’argent en Suisse», répète Jean-Claude Duvalier.
En février 1986, lorsque «Bébé Doc» et sa famille fuient Haïti sous la pression de la rue pour se réfugier en France, la Confédération décide de bloquer ses comptes. Le président à vie est soupçonné d’avoir «organisé avec ses comparses une vaste entreprise de pillage de biens nationaux», portant sur 100 millions de dollars.
La justice suisse bloque des comptes ouverts par les époux Duvalier auprès de l’UBS et de la Banque Gutzwiller, Kunz et Bungener, mais «aucun avoir n’a toutefois été saisi, les déposants ayant au préalable retiré leurs fonds».
En 1999 seulement, la juge genevoise Carole Barbey découvre l’existence d’une fondation indirectement liée à Jean-Claude Duvalier, et riche de 7,5 millions de francs.
Situation chaotique à Haïti
Seulement voilà, le départ d’Haïti de «Bébé Doc» remonte à 16 ans. Depuis ce temps, la justice de Port-au-Prince s’est montrée incapable de juger l’ancien président à vie, et d’apporter la preuve qu’il méritait d’être poursuivi pour «vol, abus de confiance, abus d’autorité, concussion, et corruption».
Le 15 mai dernier, l’Office fédéral de la justice constate que la demande d’entraide est frappée de prescription absolue en droit suisse, et que de toute façon les garanties données par Haïti quant au respect du principe des procédures «n’ont aucune crédibilité au vu de la situation chaotique régnant depuis des années dans ce pays».
Ce qu’Alain Macaluso, autre défenseur de l’ancien maître d’Haïti, traduit par «une absence totale de respect des droits de l’homme». En d’autres termes, la Suisse peut-elle restituer de l’argent pour qu’il disparaisse dans les poches du nouveau dictateur?
L’image de la place financière
«Ce pays est retourné au Moyen Age. On est obligé de reconnaître que le régime de Duvalier n’était pas si mauvais que cela» constate Sauveur Vaïsse, l’avocat parisien de «Bébé Doc».
C’est lui qui a défendu (avec succès) Jean-Claude Duvalier lorsque des Haïtiens réfugiés en France ont tenté de le poursuivre en 1999 pour «crimes contre l’humanité».
En bloquant les fonds, le Conseil fédéral a souhaité protéger l’image de la place financière suisse. Il ne sera pas dit que la Confédération serve de refuge aux produits résultant d’actes illicites. Toutefois, pour bloquer les fonds, le gouvernement a pris une ordonnance. Et celle-ci est forcément limitée dans le temps.
swissinfo/Ian Hamel
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