La course contre la montre des sans-papiers de Fribourg
Les sans-papiers de Fribourg cherchent à gagner du temps. Il ont accepté mardi le principe d'une occupation symbolique de la paroisse Saint-Paul. Ils veulent toutefois rediscuter les conditions de leur présence dans l'église. Mais le conseil de paroisse refuse de négocier.
Il aura fallu près de deux heures de discussions aux membres du collectif des sans-papiers de l’église Saint-Paul pour pouvoir prendre une décision commune. Il faut dire que la tension était très vive après l’ultimatum lancé la veille par le conseil de paroisse.
Les propriétaires des locaux exigeaient que le collectif se limite à une occupation symbolique des lieux. Ils autorisaient à cinq personnes seulement le droit de séjourner dans l’église jusqu’au 17 septembre. Soit jusqu’au jour de l’ouverture de la session d’automne des Chambres fédérales qui devrait entamer le dossier des sans-papiers.
Une concession importante
Pressé de donner une réponse, le collectif de Fribourg a choisi de maintenir le dialogue, sans pour autant céder totalement à la requête du conseil de paroisse. En clair, il accepte le principe de l’occupation symbolique proposé par les propriétaires des locaux. Mais il refuse de la limiter à cinq personnes seulement.
Dans la lettre adressée mardi au conseil de paroisse de l’église Saint-Paul, au préfet de la Sarine Nicolas Deiss et à l’évêque Mgr Genoud, les sans-papiers qualifient la proposition d’insuffisante. Ils précisent notamment que le collectif compte désormais 21 membres sans logement qui habitent désormais l’église de Saint-Paul de façon permanente.
Et Sandra Modica, porte-parole du collectif, de souligner que le mouvement des sans-papiers de Fribourg compte 84 membres. Et que la proposition de réduire à 30 le nombre d’occupants constitue déjà une concession importante.
Le collectif veut faire preuve d’ouverture. Et il invite le conseil de paroisse à ouvrir de nouvelles négociations dès jeudi. Mais le conseil de paroisse, lui, n’entend pas de cette oreille.
Mardi, à la mi-journée, par la voix de son président, Etienne Gruber, il a relancé la balle dans le camp du préfet de la Sarine, Nicolas Deiss. Autrement dit, il a décidé de maintenir sa demande d’évacuation si le collectif n’obtempère pas.
L’appui d’un avocat
En attendant, malgré une pression toujours plus forte, les sans-papiers continuent de résister. Et ils se félicitent même d’avoir gagné une nouvelle journée sans intervention policière.
«Nicolas Deiss a fait savoir qu’il ne prendrait pas position immédiatement, dit Jean Kunz, coordinateur du mouvement des sans-papiers. Le préfet veut d’abord prendre en compte les arguments de l’avocat que nous venons de choisir.»
L’entrée en piste d’un avocat vise à donner une base légale à l’occupation de l’église Saint-Paul. Le collectif des sans-papiers espère en effet contraindre les autorités à motiver juridiquement une éventuelle évacuation des locaux. Une nouvelle façon de gagner du temps.
Car c’est bien là l’une des préoccupations majeures du collectif des sans-papiers de Fribourg. Il cherche en effet à maintenir son occupation aussi longtemps que possible pour permettre au mouvement de faire des émules dans l’ensemble de la Suisse.
Et, à en croire Jean Kunz, le pari est sur le point d’être gagné: «la récente création du collectif de la Chaux-de-Fonds nous a donné un nouveau souffle au mouvement des sans-papiers». Et d’ajouter: «Genève envisage de se lancer et nous espérons que la Suisse alémanique en fera de même.»
Des premières rencontres informelles auraient déjà eu lieu à Berne et à Zurich. «Elles pourraient déboucher sur un mouvement concret d’ici à la fin de ce mois, voire au début de septembre». C’est du moins le vœu de Jean Kunz.
Vanda Janka
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.