La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La justice suisse frappe fort

Le juge Daniel Devaud inculpe le marchand d'armes français Pierre Falcone. Et il met en cause des dignitaires angolais.

Le 16 avril dernier, interviewé par le quotidien Le Monde, l’homme d’affaires Pierre Falcone affirmait qu’«En France, on peut crucifier un innocent». Il en voulait pour preuve ses inculpations à Paris, selon lui injustifiées, pour «commerce illicite d’armes, abus de biens sociaux, trafic d’influence, abus de confiance et fraude fiscale».

Dorénavant, Pierre Falcone pourra aussi exercer son courroux contre la Suisse. Le juge genevois Daniel Devaud l’a inculpé pour «blanchiment d’argent, soutien à une organisation criminelle et corruption d’agents publics étrangers».

Un compte Abalone à l’UBS

Les faits ne sont pas les mêmes. La France lui reproche d’avoir vendu pour 550 millions de dollars d’armes à l’Angola, pays en guerre. Elle lui reproche accessoirement de ne pas avoir payé d’impôts sur ses copieux bénéfices.

Pour sa part, la Suisse a découvert que cet homme d’affaires, qui bénéficiait en 2000 d’un permis B dans le canton de Vaud, aurait détourné une partie de la dette de l’Angola vis-à-vis de la Russie.

Entre 1996 et 2000, Pierre Falcone aurait mis en place «une structure utilisant des sociétés écrans, notamment la société Abalone Investment Limited, destinée à soutirer au préjudice de la République d’Angola, voire de la Fédération de Russie, des ressources financières lui revenant».

Abalone, qui disposait d’un compte à l’UBS à Genève, servait d’intermédiaire dans le recouvrement de la dette. Le quotidien Le Monde, qui révèle dans son édition de vendredi l’inculpation de Pierre Falcone, souligne que la justice suisse estime à 614 millions de dollars le montant des détournements.

40 millions de dollars vers le Luxembourg

120 millions de dollars auraient été reversés à Pierre Falcone, et 60 millions à son associé, le Russe Arcadi Gaydamak, en fuite en Israël. Mais ce n’est pas tout. Des commissions illicites seraient également parties dans les poches de dignitaires angolais.

Et pas n’importe qui puisque l’enquête désigne José Eduardo Dos Santos, le président du pays – une information que swissinfo avait déjà évoqué le 4 avril dernier – Joaquim David, ministre de l’Industrie, Elisio de Figueiredo, ambassadeur itinérant de la République d’Angola, enfin José Leitao Da Costa, ministre du Bureau de la présidence.

Le juge genevois Daniel Devaud donne même des précisions sur les sommes versées, et les dates de versement. 40 millions de dollars, entre le 3 octobre 1997 et le 15 janvier 1998, sont partis du compte Abalone à Genève vers un compte au Crédit Agricole Indosuez au Luxembourg.

Toutefois, le magistrat suisse prend quelques précautions, pour désigner les destinataires. Ce seraient «vraisemblablement» le président de l’Angola et son ambassadeur itinérant.

swissinfo/Ian Hamel

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision