Le CICR très préoccupé par le sort des civils afghans
Au siège du Comité International de la Croix-Rouge, à Genève, on se dit doublement inquiet à propos du sort de la population civile en Afghanistan: ce qu'elle vit est déjà terrible, mais si le droit humanitaire n'est pas respecté, le désastre pourrait être total.
On sait que depuis dimanche dernier l’ensemble du personnel expatrié du CICR a dû quitter le territoire afghan, les autorités de Kaboul affirmant qu’elles étaient dans l’incapacité d’assurer plus longtemps leur sécurité.
Cela ne signifie pas que le CICR n’a plus d’activités en Afghanistan. Le millier de collaborateurs afghans qu’il emploie depuis de longues années continue le travail d’assistance médicale et de soins orthopédiques dans différents centres de santé disséminés dans tout le pays.
Des médicaments pour trois ou quatre semaines
«Nous avons encore assez de médicaments et de matériel médical pour trois ou quatre semaines», lit-on dans le communiqué que le chef de la délégation de Kaboul, Robert Monin, a diffusé jeudi depuis Peshawar, au Pakistan, où il s’est actuellement replié avec ses collaborateurs expatriés.
Mais les nouvelles qui parviennent au compte-gouttes au CICR à travers de trop rares contacts radio laissent penser que l’on n’est pas loin de la tragédie. Il suffit, dit-on à Genève, de n’importe quel petit incident pour que des populations entières, apeurées et privées de l’essentiel, se mettent en mouvement, vers l’intérieur des terres ou vers les frontières.
Et si à cela venaient s’ajouter des interventions militaires ou autres peu respectueuses des obligations qu’imposent le droit humanitaire international, on n’ose pas imaginer l’ampleur du désastre qu’auraient à subir les civils afghans.
Voilà pourquoi le CICR, dans ses contacts avec les différentes parties en conflit – à Washington, Bruxelles, Islamabad et dans les autres capitales – livre un double message. Il insiste à la fois sur l’aide concrète à fournir aux populations qui se préparent à faire face à un terrible climat hivernal et sur le respect des principes humanitaires.
Des scénarios sans feu vert
On confirme au siège de l’organisation que proposition a été faite aux autorités de Kaboul d’organiser des missions d’approvisionnement ponctuelles, ne serait-ce que sur la base d’un aller-retour journalier, comme cela s’est fait ou se fait encore dans des pays comme la Somalie. Mais Kaboul n’a toujours pas donné de réponse.
Avec son équipe provisoirement installée à Peshawar, Robert Monin est en train d’évaluer les possibilités d’acheminent de l’aide humanitaire à partir de pays autres que le Pakistan. On pense à l’Iran, bien sûr, mais aussi au Turkmenistan, où le CICR possède un centre d’activités.
Mais ce scénario reste pour le moment fictif. «Nous maintenons le contact avec les autorités, dit Robert Monin, et nous espérons être bientôt de retour en Afghanistan avec nos collègues, pour adapter nos programmes aux besoins actuels et faire face à ce qui pourrait devenir une catastrophe humanitaire.»
Bernard Weissbrodt, Genève
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