Le faux bond de Moritz Leuenberger aux Sud-Africains
La délégation suisse à la Conférence mondiale contre le racisme aura profil bas. Aucun membre du gouvernement ne prendra la relève du président Moritz Leuenberger qui s'était désisté. Une absence que le Forum contre le racisme considère comme un affront fait à l'Afrique du Sud.
Dans sa séance de mercredi, le Conseil fédéral a comme prévu désigné la composition et le mandat de la délégation suisse qui participera dès la fin du mois à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, en Afrique du Sud.
Elle sera conduite par Claudia Kaufmann, secrétaire générale du Département fédéral de l’intérieur, elle-même secondée par l’ambassadeur Peter Maurer, chef de division politique au ministère des Affaires étrangères.
La Suisse s’aligne sur l’Europe
On savait déjà que Moritz Leuenberger, président de la Confédération, qui dans un premier temps s’était dit prêt à faire le voyage, s’était ensuite récusé. «Pour des raisons d’emploi du temps», nous dit-on.
Voilà donc, en plus, qu’aucun membre du gouvernement fédéral ne daigne répondre à l’invitation de Pretoria. Ni Ruth Dreifuss ni Joseph Deiss, respectivement chefs des deux ministères concernés, n’ont jugé utile d’entreprendre ce déplacement. Ce qui revient à dire que la Suisse s’aligne en quelque sorte sur le niveau des autres délégations européennes.
Cette décision, qui en fait n’est pas une surprise, consterne le Forum contre le racisme. Cette association faîtière qui regroupe 75 organisations non gouvernementales suisses estime que l’absence à Durban de tout membre du gouvernement fédéral est «un affront aux dirigeants et au peuple sud-africains, et à l’Afrique tout entière».
Ce faisant, dit le communiqué publié par le Forum, «la Suisse se range d’elle-même parmi les pays qui empêchent tout débat sur l’esclavagisme, le colonialisme et l’apartheid et qui veulent aussi éviter du même coup la question des réparations».
Un forum sur l’indemnisation
Un argument que conteste Doris Angst Yilmaz, responsable du secrétariat de la Commission fédérale contre le racisme au ministère de l’Intérieur et membre de la délégation: «La Suisse reconnaît les torts et les violations des droits de l’homme commis du temps de la colonisation et de l’esclavagisme. Elle est aussi d’avis qu’un système raciste a de ce fait été créé dont les effets se font sentir encore aujourd’hui.»
Mais, précise-t-elle, la Conférence de Durban n’est certainement pas le lieu idéal pour parler de réparations matérielles. La Suisse, pour cela, souhaiterait que soit convoqué «un forum international chargé de discuter et de négocier des formes appropriées d’indemnisation».
Le Forum contre le racisme considère également le faible niveau de représentation de la délégation suisse comme un «signal intérieur politique malheureux». Il en déduit que «combattre le racisme n’est pas digne du Conseil fédéral» et que ce serait donc une tâche que l’on peut déléguer «vers le bas» à des fonctionnaires.
Quant à l’autre dossier politiquement très controversé de la Conférence de Durban – la volonté de certains pays d’assimiler le sionisme au racisme – il aurait selon le Forum tout à fait justifié la présence d’un membre du gouvernement capable de développer une argumentation différente de celle des États-Unis.
Prendre des positions claires
«Autant assimiler le sionisme au racisme est insoutenable, autant certaines pratiques du gouvernement israélien sont inacceptables. La Suisse, en tant qu’État dépositaire des Conventions de Genève est prédestinée à prendre en toute chose des positions claires.»
En fait, le mandat de la délégation suisse portera davantage sur toute une série de propositions concrètes à inscrire au programme d’action de la Conférence. Des propositions qui vont de la création d’institutions nationales contre le racisme à la poursuite systématique des auteurs de délits racistes, en passant par la lutte contre le racisme sur Internet ou contre la discrimination à l’école.
Bernard Weissbrodt
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