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Les malheurs des Afghans n’émeuvent pas les Suisses

Outre la guerre, les Afghans souffrent aussi d'une terrible sécheresse. swissinfo.ch

Ils se sont montrés généreux pour le Valais, le Tessin, l'Inde et le Salvador. Pourquoi les Suisses ne se mobilisent-ils pas en faveur des Afghans?

La guerre en Afghanistan, ça fait plus de vingt ans que ça dure. Mais ça fait belle lurette aussi que les gouvernements et les médias l’ont quasiment classée dans le tiroir des conflits oubliés.

Quant un haut fonctionnaire de l’ONU – comme cette semaine son coordinateur pour les affaires humanitaires, Kenzo Oshima – se rend sur place pour tenter d’attirer l’attention du monde sur une situation qui se dégrade, son message passe quasiment inaperçu.

L’Afghanistan est un pays où il ne fait pas bon vivre, parce qu’on s’y bat sans fin, parce que la sécheresse s’y met elle aussi et fait fuir les populations rurales vers les villes, ou encore parce que les sanctions imposées par les Nations Unies pèsent sur la vie quotidienne.

Les Suisses s’en désintéressent-ils vraiment? En tout cas, explique Martin Sommer, chargé de programmes pour le Pakistan et l’Afghanistan à la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC), ils sont peu ou mal informés.

Quand on en parle, dit-il, «on s’arrête aux images et décisions spectaculaires des Talibans et on oublie tout le reste, c’est-à-dire des millions de gens qui depuis vingt ans se cherchent des chemins de survie». Les régimes totalitaires n’ont pas bonne presse et ceux qu’ils oppriment sont injustement ignorés.

Ce constat ne s’applique pas tout à fait aux gouvernements occidentaux, même si l’on peut penser qu’ils n’en font pas assez. Depuis cinq ans, une quinzaine d’entre eux ont en effet constitué une sorte de plate-forme de coopération humanitaire, le «Groupe d’appui à l’Afghanistan», chargé de coordonner l’aide internationale.

La Suisse l’a présidé l’an dernier et l’on a pu vérifier à cette occasion la volonté du gouvernement fédéral de renforcer sa participation aux efforts de paix.

Ainsi, les 6 et 7 février dernier, son représentant au Pakistan à Islamabad, l’ambassadeur Christian Dunant, a participé avec ses collègues canadien et allemand à une mission de contact à Hérât et Qandahâr où il a été aussi question de droits de l’homme.

L’important est, dit-on, de maintenir le contact avec chacune des parties. Mais les sanctions prises par l’ONU ne facilitent pas la tâche. Elles ont été prises contre les Talibans et favorisent leurs adversaires qui n’ont pas vraiment fait la preuve de leurs bonnes intentions.

L’un des effets attendus de cette coordination internationale inédite, c’est qu’elle stimule l’engagement de ses membres. S’agissant de la Suisse, on voit par exemple que son budget pour l’Afghanistan a doublé en deux ans. De 5 millions de francs environ en 1999, il a passé à plus de 10 millions l’an dernier, niveau auquel il reste programmé pour 2001.

Le travail se fait depuis Islamabad. Pour des raisons de sécurité, c’est en effet dans la capitale du Pakistan que l’aide s’organise pour transiter ensuite par des bureaux régionaux établis par l’ONU à l’intérieur de l’Afghanistan.

La contribution suisse porte principalement sur l’assistance aux réfugiés, la reconstruction de villages ou encore la réhabilitation des systèmes de production agricole. A noter aussi les activités de quelques ONG comme Terre des Hommes et Médecins sans frontières – Suisse.

Cette aide humanitaire est régie par quelques principes de base, celui entre autres qui veut qu’elle n’apporte aucun avantage politique ou militaire aux parties en conflit. «C’est chaque jour un dilemme, constate Martin Sommer. Il n’est pas facile d’apporter de l’aide à des populations sans que leurs autorités n’en retirent un bénéfice».

Comment conclut-il cet état des lieux provisoires? «Il y a moins d’espoirs que l’an dernier, la guerre peut durer et s’étendre encore davantage, car les combattants ne jouissent d’aucune crédibilité politique et sociale dans la population». Autant de risques, hélas, d’enfoncer encore un peu plus l’Afghanistan dans le silence et l’oubli.

Bernard Weissbrodt

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