Une vie au service des championnes de ski
Pour devenir une descendeuse d'exception, il faut énormément de talent, un mental d'acier et... des skis rapides. Dominique Gisin travaille avec l'homme qui met des «bombes» sous ses pieds. Il s'appelle Olivier Pellaton et swissinfo l'a rencontré à Val d'Isère.
«Merci Pellat’ (ndlr: le surnom d’Olivier Pellaton). Il m’a préparé des bombes, des skis incroyables. Je ne sais pas ce qu’il a mis dessous».
Ce compliment, lancé par Dominique Gisin au terme de sa descente victorieuse à Cortina, en Italie, juste avant les Mondiaux de Val d’Isère, n’a pas laissé Olivier Pellaton insensible. «Dominique est une gentille fille. C’est vraiment valorisant quand un athlète vous remercie comme cela en public».
La révélation de l’hiver
Depuis cet été, le «serviceman» – selon le terme anglophone consacré – originaire du Jura bernois travaille sans relâche pour permettre à la jeune Obwaldienne de 23 ans de rivaliser avec les meilleures descendeuses du Cirque Blanc.
C’est chose faite, puisque Dominique Gisin est, avec Lara Gut, l’autre grande révélation du ski féminin suisse de l’hiver. En remportant consécutivement les descentes d’Altenmarkt et de Cortina, elle a réalisé l’équivalent chez les dames de la performance de Didier Défago, vainqueur des descentes du Lauberhorn à Wengen et de la Streif à Kitzbühel.
Le rôle du matériel
Dans ces succès, il y a une part qui peut être attribuée au matériel. Mais à quel niveau, au juste? «Ca dépend beaucoup des courses, explique Dominique Gisin. A Cortina, une piste où les parties de glisse sont nombreuses, ça joue un grand rôle. Ici à Val d’Isère, la piste est très technique et c’est donc peut-être un peu moins important».
«Sur cette piste de Solaise, ce ne sont pas les produits que l’on met sous la semelle des skis qui sont déterminants, mais les carres, raconte en passionné Olivier Pellaton. Et contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas parce que la piste est gelée qu’il faut les aiguiser sur toute leur longueur. Aux deux extrémités du ski, j’enlève de l’affûtage pour que Dominique puisse se mettre en travers dans les virages ».
Pendant toute la durée des Championnats du monde, Olivier Pellaton travaille dans le garage souterrain du Palais des Congrès de Val d’Isère, au sein du grand espace dévolu à la marque pour laquelle court Dominique Gisin. Des dizaines de paires de ski sont adossées à tous les murs de l’atelier. «Comme je m’occupe également de la Suissesse Fränzi Aufdenblatten, j’en environ 60 paires pour les deux skieuses, que je n’ai pas toutes prises à Val d’Isère.»
Dialogue très important
Les préparateurs de matériel sont en général mis à disposition et rétribués par la marque de ski des athlètes. Avec ses 13 ans passés en Coupe du monde, Olivier Pellaton est un professionnel très apprécié dans la branche.
«Un bon serviceman n’est pas forcément un bon skieur. Mais l’expérience est très importante dans notre métier. Il faut pouvoir comprendre tous les paramètres de la piste. Nous devons être capables d’analyser toutes les informations sur la météo, les températures ou les pourcentages d’humidité de la neige. Le soleil ne tape par exemple pas du tout de la même manière à St-Moritz ou à Lake Louise», explique Olivier Pellaton.
Outre ces paramètres, les discussions entre l’athlète et le serviceman sont la source d’informations la plus importante. «Le dialogue est une priorité. J’ai toujours dit aux skieuses que si quelque chose ne fonctionnait pas, elles devaient venir me le dire. J’accepte la critique. Si une des filles me dit que le ski ne marche pas, je ne vais pas trouver d’excuse et lui dire que c’est de sa faute ou qu’elle est fatiguée».
Très bonne relation
Entre Olivier Pellaton et Dominique Gisin, le courant semble passer à merveille. «Pour moi, c’est parfait de travailler avec Pellat`. C’est une personne calme et tranquille. Il est depuis longtemps dans le milieu et il sait exactement comment faire des skis rapides.»
«Il y a des préparateurs beaucoup plus agressifs avec les filles. C’était par exemple le cas de l’ancien serviceman de Fränzi Aufdenblatten, qui a été limogé l’année dernière. C’est important d’être à l’écoute et de ne pas s’énerver quand quelque chose ne tourne pas rond. C’est un domaine où il faut beaucoup de patience et ne pas abandonner tout le matériel après quelques jours d’essai», dixit Pellaton.
Olivier Pellaton est tout à fait conscient de l’importance de l’aspect psychologique dans le sport de haut niveau. «Pour la descente des Mondiaux, je vais donner à Dominique le ski avec lequel elle a signé ses deux victoires à Altenmarkt et Cortina. C’est exactement le même que d’autres préparés identiquement, mais c’est important qu’elle puisse voir le numéro de son ski fétiche avant le départ».
Un métier prenant
Si Olivier Pellaton retire beaucoup de satisfactions de son métier – «surtout quand il y a des podiums, c’est plus facile!» -, cela passe par beaucoup de sacrifices. Ainsi, depuis le 3 janvier, il n’a passé que 2 jours et demi à la maison avec sa femme et son fils. Et les heures de travail, il a depuis longtemps arrêté de les compter – «entre 5 et 6 heures par jour et par skieuse».
Pour pouvoir supporter cette vie sans répit, qui commence dès l’été avec les tests d’usine, Olivier Pellaton s’octroie deux mois de congé en mai et juin. «Là, il ne faut pas me parler de ski!»
Mais sa passion, il ne l’échangerait pour rien au monde. «En plus, la descente, c’est la discipline la plus intéressante. C’est un peu la Formule 1 du ski et on a vraiment l’impression d’être partie prenante avec l’importance que prend le matériel».
swissinfo, Samuel Jaberg à Val d’Isère
Jura bernois. Olivier Pellaton vit à Bellelay, dans le Jura bernois. Il est marié et père d’un garçon. Titulaire d’un CFC de mécanicien de précision, il a débuté dans le métier de préparateur de skis (serviceman) dans un magasin de sport.
Didier Défago. Actif depuis 13 ans dans le ski d’élite, il a débuté sa carrière avec les équipes de Suisse juniors. En Coupe d’Europe, il s’est notamment occupé de préparer les skis de Silvano Beltrametti, Silvan Zurbriggen, Didier Défago et Ambrosi Hoffmann.
Michaël von Grüningen. Durant la saison 1999/2000, il a été le serviceman du champion bernois de slalom géant Michaël von Grüningen. Après un an de pause pour la naissance de son fils, il a commencé à s’occuper des skieuses suisses actives dans les disciplines de vitesse.
Sylviane Berthod. Olivier Pellaton s’est notamment occupé de la Valaisanne Sylviane Berthod, connue pour avoir été l’une des meilleures spécialistes de glisse. Après sa retraite l’année dernière, il a d’ailleurs gardé quelques paires de ski de l’ancienne championne pour Dominique Gisin. Il travaille également avec la Valaisanne Fränzi Aufdenblatten.
Obwald. Dominique Gisin est née le 4 juin 1985 à Engelberg, dans le demi-canton d’Obwald.
Blessures. En 2007, pour sa première saison de Coupe du monde, elle termine 2e de la descente d’Altenmarkt. En février de la même année, elle se blesse gravement aux ligaments croisés du genou gauche et fait son retour en compétition pour la saison 2008/2009. Au total, Dominique Gisin a déjà subi… 7 opérations aux deux genoux.
Pilote de chasse. Dominique Gisin a longtemps rêvé de devenir pilote de chasse. Elle a participé aux sélections de l’armée suisse mais a finalement préféré se tourner vers sa grande passion: le ski alpin. Souvent décrite comme une surdouée, elle a passé le numerus clausus pour entamer des études de médecine.
Victoires. Le 18 janvier 2009, elle remporte la descente d’Altenmarkt, ex-aecquo avec la Suédoise Anja Pärson. Le 24 janvier, elle s’adjuge la prestigieuse descente de Cortina d’Ampezzo.
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