Zurich ne veut pas d’un nouveau Letten
Les autorités de la ville ont temporairement fermé, aux abords de la Langstrasse, un parc qui servait de lieu de rendez-vous aux dealers et aux toxicomanes. Elles souhaitent à tout prix éviter le retour d'une véritable scène ouverte de la drogue, de sinistre mémoire.
«Fermé temporairement. Réouverture, avec une fête, le 7 avril». C’est le panneau qui accompagne les barrières, dressées jeudi tout autour du parc de la Bäckeranlage, pour en interdire l’accès. Les lieux seront réhabilités et la présence policière renforcée. Le but: améliorer la sécurité et l’ordre public autour du parc.
Pour Max Künzig, président de l’Association de quartier, il était temps: «La situation était devenue très problématique, la population ne pouvait plus utiliser le parc». Et Max Künzig de citer pêle-mêle le trafic de drogue, la prostitution et d’autres phénomènes criminels dont le quartier est le théâtre. «On doit sérieusement faire quelque chose», dit-t-il.
Les autorités semblent avoir compris le message. En plus des mesures immédiates prises pour empêcher le trafic et la consommation de drogue, ainsi que pour prendre en charge les toxicomanes, elles lancent un plan d’action à long terme pour améliorer les conditions de vie dans l’ensemble de cet arrondissement, qui, autour de la Langstrasse, abrite le quartier chaud de Zurich.
On prévoit des activités sociales ou culturelles – l’organisation d’une grande fête, par exemple, à l’occasion de la réouverture du parc – mais aussi, beaucoup plus ambitieux, la revalorisation du quartier, à travers une série d’investissements.
«Ca sera difficile», lâche Max Künzig, que ce plan laisse un peu sceptique. Pour lui, les habitants des environs veulent une amélioration concrète, mais surtout durable de la situation. Un souci que comprend Rolf Vieli, responsable du projet lancé par la ville: «Les gens ont peur que cela fonctionne seulement à court terme, et cette peur est justifiée. Il va falloir maintenir la pression».
Quant au contexte dans lequel ces mesures sont prises, Rolf Vieli tient à préciser: cela n’a rien à voir avec la situation du début des années 90, où Zurich s’était fait une mauvaise réputation mondiale, avec sa scène ouverte de la drogue, au Letten notamment.
Depuis, les autorités suivent une politique qui semble correspondre à un large consensus. «Nous ne voulons pas exclure des gens parce qu’ils sont toxicomanes, explique Michael Herzig, chargé des questions de drogue auprès de la ville. Mais il faut que ces gens-là respectent un certain nombre de règles, pour que leur comportement soit tolérable pour les voisins».
Pas de tolérance zéro, donc à Zurich. Mais pas question non plus de laisser une scène de la drogue se développer, qui pourrait attirer des toxicomanes du reste du canton et même au-delà. «C’est une question de quantité, justifie Michael Herzig, et c’est pour cela que nous avons dit stop, c’est trop».
Pierre Gobet, Zurich
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