Aujourd’hui en Suisse – spécial votations
Chères et chers Suisses de l’étranger,
Sans surprise, l’initiative pour la neutralité et celle sur l’alimentation ont toutes deux essuyé une lourde défaite dans les urnes ce dimanche.
La perception d’une initiative prorusse contribue probablement à expliquer le non à plus de 70% au texte qui demandait d’inscrire une définition stricte de la neutralité dans la Constitution.
Les Suisses ont également refusé d’accroître le degré d’autosuffisance alimentaire du pays. L’initiative portée par la militante écologiste Franziska Herren n’a convaincu que 27% de l’électorat.
Bonne lecture!
L’initiative sur la neutralité a été très largement rejetée par le peuple suisse ce dimanche (70,2%). Le texte n’a pas réussi à convaincre au-delà des rangs de la droite conservatrice.
Les initiants souhaitaient inscrire dans la Constitution une version plus stricte de la neutralité, qui a selon eux souffert de l’adoption par Berne de sanctions contre la Russie. Cet argumentaire n’a pas convaincu le peuple suisse, qui a préféré laisser une marge de manœuvre au gouvernement dans l’application de sa politique de neutralité. Tous les cantons ont refusé le texte.
Interrogé au micro de la RTS, Yvan Pahud, conseiller national UDC, seul parti sous la Coupole à soutenir le texte, a reconnu la défaite. «Le peuple a tranché », a-t-il déclaré, ajoutant que «ce texte n’était pas un élément central pour l’UDC», qui s’apprête à mener une grande bataille contre les Bilatérales III. Le mouvement souverainiste Pro Suisse était à l’origine de l’initiative, que les cadres de l’UDC, dont l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, ont toutefois activement soutenue.
Du côté des opposants, la conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann-Rielle a souligné que «la Suisse n’a pas perdu sa crédibilité en matière de bons offices et ne va pas adhérer à l’OTAN». La Russie n’a par ailleurs pas retiré le mandat de puissance protectrice pour la Géorgie que la Suisse exerce depuis des années, a-t-elle rappelé.
Le deuxième objet soumis au verdict des urnes au niveau national, l’initiative sur l’alimentation, a également subi une lourde défaite ce dimanche. Il a été rejeté par près de trois quarts de l’électorat (72,5%).
À l’origine du texte, la militante écologiste Franziska Herren a dit regretter le manque de soutien des partis sous la Coupole, qui s’y opposaient unanimement. «Les grands problèmes liés à la protection des eaux et à l’agriculture dans le contexte du changement climatique sont bien réels», a-t-elle rappelé à la SRF. Interrogé par la RTS, le coprésident des Jeunes Vert-e-s, Sheldon Masseraz, a estimé qu’il ne s’agissait pas d’un «non à une agriculture plus durable et végétale». Mais il a reconnu que l’objectif visé «a crispé, car il a été perçu comme inatteignable». Les initiants souhaitaient augmenter le degré d’autosuffisance alimentaire du pays (de 46% à 70%) en encourageant la production et la consommation de denrées alimentaires végétales.
Les opposants craignaient que cet objectif ne passe par une limitation de la consommation de viande et d’aliments d’origine animale, et ont dénoncé durant la campagne un «diktat vegan». «J’aurais pu rejoindre l’argument de la souveraineté alimentaire, mais 70% ce n’est juste pas possible, c’est irréalisable», a souligné auprès de la RTS le conseiller national UDC Yvan Pahud.
«L’initiative pour sauvegarder la neutralité suisse» était peut-être l’ultime bataille politique de l’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher. Mais ses intérêts économiques en Russie ont instauré le doute quant à ses réelles motivations, analysent mes collègues.
Défendait-il une neutralité plus stricte ou ses propres intérêts? Cette question s’est sans doute glissée dans la tête de nombreuses et nombreux Suisses au moment de remplir leur bulletin de vote. Car l’entreprise EMS-Chemie, détenue par la famille Blocher, a poursuivi ses affaires en Russie après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. L’ancien ministre a tenté de minimiser l’importance de ces liens, mais il n’a pas réussi à dissiper le doute.
Un autre facteur a certainement mis du plomb dans l’aile des initiants. Dès le début de la campagne, la Russie a apporté son soutien au texte, qui a été salué par la porte-parole du Kremlin. Plusieurs relais des positions russes se sont ensuite ralliés aux initiants, donnant l’impression que l’initiative défendait aussi les intérêts russes, plutôt que les seuls intérêts suisses.
Dans un contexte géopolitique tendu et incertain, le peuple suisse a également préféré éviter tout isolement. L’initiative aurait mis un terme aux collaborations entre la Suisse et l’OTAN alors que l’abandon des sanctions économiques contre la Russie aurait provoqué l’ire de ses voisins européens.
Plusieurs résultats cantonaux ont aussi fait parler d’eux dimanche. Le canton de Vaud a accepté une baisse d’impôt alors que Genève est devenu le premier canton à rendre la contraception gratuite. À Zurich, l’accès à l’aide au suicide sera étendu.
La population vaudoise a accepté à 53% une initiative populaire proposant une réduction de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune. La droite, qui soutenait la proposition, a salué ce résultat. Il s’agit d’une «victoire pour la classe moyenne», a déclaré à la RTS Kevin Grangier, de l’UDC Vaud. La gauche, qui redoute de nouvelles coupes alors que le budget cantonal prévoit déjà un important déficit, a regretté ce choix. «On s’attend vraiment à ce qu’il n’y ait pas de coupes de prestations – dans les écoles, les EMS, la santé – qui touchent directement cette classe moyenne», a souligné la coprésidente du PS Vaud, Oriane Sarrasin.
Du côté de Genève, les électeurs et les électrices ont accepté à 58% l’initiative «pour une contraception gratuite». Le canton sera donc le premier de Suisse à mettre en place un cadre pour couvrir les frais liés à la contraception englobant tous les moyens dont l’efficacité est reconnue: de la pilule au préservatif. La conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann Rielle s’est dite «soulagée» du résultat et a appelé à «porter cette question au niveau fédéral».
Enfin à Zurich, le canton sera le premier outre-Sarine à étendre l’accès au suicide assisté à l’ensemble des EMS, publics comme privés, ainsi qu’aux hôpitaux et cliniques de réadaptation. Le contre-projet a été soutenu à 68%, malgré l’opposition du gouvernement cantonal. Seuls les EMS avec un mandat de prestations communal devaient jusqu’ici l’autoriser.
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