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Sans surprise, l’initiative sur l’alimentation a été balayée

initiative sur l'alimentation
Une représentation d'un caquelon à fondue entre deux affiches du comité contre l'initiative sur l'alimentation, installée dans un champ au-dessus de Glovelier (Jura). Keystone / Jean-Christophe Bott

Plus de 72% de l’électorat suisse a refusé dimanche en votation l’initiative demandant à la Confédération d’encourager la production et la consommation d’aliments d’origine végétale.

L’initiative sur l’alimentationLien externe a essuyé un véritable camouflet dans les urnes. 72,5% des votantes et votants ont glissé un non dans leur enveloppe de vote, selon les résultats définitifs. Tous les cantons ont rejeté le texte.

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Les Romands disent non assez clairement, surtout en Valais et dans le canton de Vaud où trois-quarts des votantes et votants se sont prononcés contre. Le Jura a refusé l’initiative à plus de 70%, et Fribourg à 71,6%. Neuchâtel et Genève sont légèrement moins affirmés avec respectivement 65,4% et 62,6% de non.

Bien que le non soit unanime, les villes ont refusé moins fortement que les campagnes. Une tendance qui se constate aussi en Suisse alémanique. Le rejet a dépassé les 80% dans la plupart des cantons de Suisse centrale.

Le canton de Bâle-Ville a lui rejeté le texte à 63,5% et Zurich à 70,7%. Près des trois quarts des votants ont dit non dans la plupart des autres cantons germanophones. Au Tessin, le refus (68,7%) est net mais aussi plutôt bas par rapport au reste de la Suisse. Le canton est le seul à compter des communes ayant voté oui.

Le taux de participation s’est élevé à 47%, en dessous de celui des dernières votations. Au final, 1’908’368 personnes ont voté contre le texte et 723’142 l’ont soutenu.

Rendre la Suisse plus autosuffisante

Lancée par la militante écologiste Franziska Herren, déjà à l’origine de l’initiative sur l’eau potable rejetée en 2021, l’initiative «Pour une alimentation sûre» visait à augmenter le degré d’autosuffisance de la Suisse, de 46% à au moins 70%. L’idée sous-jacente était qu’à l’heure actuelle, la Suisse ne serait pas en mesure de garantir la sécurité alimentaire de sa population en cas d’interruption des importations. Pour atteindre son objectif, le texte exigeait une adaptation de la politique agricole, afin d’encourager la production et la consommation de denrées alimentaires végétales plutôt qu’animales. 

Également soucieuse de la préservation des ressources en eau, l’initiative prônait l’instauration de mesures visant à préserver la biodiversité et la fertilité des sols, ainsi que la promotion de plants et semences naturels et reproductibles. Toutes ses exigences auraient dû être atteintes dans un délai de dix ans.

>> Lire notre article résumant les principaux enjeux de cette votation : 

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Un manque de soutien politique «surréaliste»

Le texte n’a toutefois rallié que très peu de soutiens. Au niveau politique, seule la section jeunesse des Vert-e-s appelait à voter oui. Quelques petites associations, mais aucune organisation environnementale de premier plan, ne s’étaient prononcées en sa faveur. 

De même, les intentions de vote n’ont fait que dégringoler au fil de la campagne. À la mi-août, lors du premier sondage de la SSR, partisans et opposants étaient encore au coude-à-coude (par 49% de non contre 47% de oui). Près de 60% des Suisses de l’étranger interrogés se déclaraient enclins à voter oui. 

Mais dans le dernier sondage SSR publié à une dizaine de jours du scrutin, près des deux tiers des personnes interrogées comptaient glisser un non dans l’urne. Les Suisses de l’étranger n’étaient guère plus cléments. 

Entretemps, les adversaires du texte (parmi lesquels figuraient le gouvernement, le Parlement, l’ensemble des partis politiques et les principales organisations économiques et agricoles) ont largement insisté sur ses faiblesses et leurs arguments ont fait mouche.

Franziska Herren a dit regretter dimanche ce manque de soutien des partis et du monde politique. «Les grands problèmes liés à la protection des eaux et à l’agriculture dans le contexte du changement climatique sont bien réels», a indiqué la porteuse de l’initiative à la radio-télévision alémanique SRF.

Pour elle, il est pour ainsi dire «surréaliste que l’ensemble de la classe politique se soit opposé à notre cause».

Un objectif «inatteignable» 

Bien qu’une large frange de la population s’accorde, en principe, sur la nécessité de préserver les ressources en eau ou encore d’améliorer l’autosuffisance du pays, les solutions proposées n’ont pas convaincu.  

Selon le comité du non, le texte aurait fragilisé la production indigène, renchéri les denrées alimentaires et encouragé le tourisme d’achat. L’ambition de porter le taux d’autonomie alimentaire du pays à 70% en une décennie, en particulier, a été considérée par beaucoup comme irréaliste.  

Le coprésident des Jeunes Vert-e-s Sheldon Masseraz a partagé cette analyse dimanche sur les ondes de la RTS. Il a estimé que cet objectif avait peut-être été perçu comme «inatteignable».

«J’aurais pu rejoindre l’argument de la souveraineté alimentaire, mais 70% ce n’est juste pas possible, c’est irréalisable», a martelé quant à lui le conseiller national UDC (droite conservatrice) Yvan Pahud sur le même plateau.

Pour la députée socialiste Laurence Fehlmann Rielle, «la logique productiviste de l’initiative aurait favorisé les grandes entreprises qui auraient peut-être réussi à s’adapter, mais on ne s’est pas posé la question des petits agriculteurs». «C’est une question de justice sociale», a-t-elle argumenté.

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Crainte d’un «diktat végan»

Les opposants considéraient que le seul moyen d’atteindre ce taux aurait été que l’État limite de manière drastique la consommation de viande et d’aliments d’origine animale – ce que l’Alliance contre l’initiative sur l’alimentationLien externe qualifiait de «diktat végan». Les adversaires du texte ont ainsi utilisé comme puissant repoussoir l’idée que l’État intervienne dans les choix alimentaires de la population. 

Pour Yvan Pahud, le résultat de dimanche montre que la population a «clairement dit stop, nous serons libres de pouvoir manger ce que l’on veut».

Anne Challandes, vice-présidente de l’Union suisse des paysans (USP), s’est elle aussi réjouie du net rejet de l’initiative: «il s’agit d’un soutien pour les familles paysannes», a déclaré à l’agence Keystone-ATS celle qui est aussi présidente de l’Union suisse des paysannes et femmes rurales. Elle a estimé que cette initiative allait «trop loin, trop vite, et était complétement irréaliste» et ajouté: «Chacune et chacun peut choisir sa consommation et la production et l’agriculture qu’elle souhaite avoir en Suisse.»

Mais Sheldon Masseraz des Jeunes Vert-e-s reste convaincu que «les enjeux que le texte a soulevés sont essentiels». Selon lui, il faut pouvoir encourager la population et «lui offrir l’envie de manger végétal».

Le débat n’est pas terminé

«Le débat sur l’avenir de notre agriculture et de notre alimentation ne se termine pas avec ce refus dans les urnes», a pour sa part déclaré le président de la Confédération Guy Parmelin en conférence de presse à l’issue du vote.

«Les enjeux soulevés par l’initiative touchent à des questions fondamentales pour notre pays, a déclaré le ministre de l’économie. Le Conseil fédéral partage largement les préoccupations des initiants.»

La question est de savoir comment garantir la sécurité alimentaire du pays dans un monde toujours plus incertain pour les générations futures. «Cet objectif est au coeur de l’action et de la politique agricole menées par le gouvernement depuis plusieurs années», a déclaré le ministre.

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Modéré par: Katy Romy

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