A Porto Alegre, tout semble possible
A des milliers de kilomètres au sud de New York, les 40 000 participants au Forum Social de Porto Alegre proclament leur foi dans un monde meilleur.
Il pleut sur Porto Alegre. Dans cette atmosphère lourde et gorgée d’humidité, des milliers de manifestants attendent sur la place centrale de la ville. L’ambiance est à la fête, même si tout le monde est en sueur.
Le cortège se met en branle, surmonté des banderoles frappées de slogans contre la guerre, pour l’annulation de la dette des pays du Sud, contre les privatisations des réseaux de distribution d’eau. Ici et là, on voit des portraits de Che Guevara et les mégaphones crient «à bas le néolibéralisme».
Une participation élargie
Tout le monde est là: les partis, les syndicats, les mouvements sociaux, le Forum Social Italien, les religieuses philippines, les Indiens d’Amazone et les sections nationales d’ATTAC (Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens).
«Nous sommes au moins deux fois plus nombreux qu’au premier Forum», se réjouit le conseiller national lausannois Pierre-Yves Maillard. A ses côtés, Monika Schaller, de l’Union syndicale autrichienne confirme: «l’an dernier, nous étions venus à deux, cette année, nous sommes neuf».
Ce second WSF est d’ores et déjà un succès. Et cela ne se mesure pas uniquement au nombre des manifestants. Des organisations bien établies et des réseaux internationaux comme Oxfam, Greenpeace ou les catholiques du CIDSE y prennent une part active. Amnesty international a même envoyé son président à Porto Alegre.
Côté suisse, la Direction pour le développement et la coopération (DDC) est présente cette année. «Il y a peu d’occasions de rencontrer autant d’organisations de la société civile», se réjouit Dora Rapold, membre de la direction de la DDC.
«Pour nous, il est très important d’entendre les voix de ceux qui cherchent des solutions alternatives aux problèmes posés par la globalisation», poursuit Dora Rapold, qui s’étonne tout de même que les œuvres d’entraide suisses ne soient pas plus nombreuses à Porto Alegre.
La diversité, une faiblesse
Peter Niggli est pourtant bien là. Directeur de la communauté de travail que forment Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas et Caritas, il considère le WSF comme un pendant nécessaire au WEF (Forum économique mondial), qui se tient aux mêmes dates à New York.
La diversité des courants représentés à Porto Alegre pourrait bien faire la faiblesse du WSF. Les organisations présentes renoncent d’ailleurs volontairement à une déclaration commune et personne n’a le droit de parler au nom du Forum.
Dans ces conditions, quel résultat peut-on espérer d’une telle réunion? Pour Peter Niggli, le maximum à attendre serait un accord sur certains points précis qui réunissent contre eux l’unanimité des anti-mondialisation.
A titre d’exemple, Peter Niggli cite la nouvelle ronde de négociations que l’OMC a décidée d’entamer en novembre à Doha. «Toutes les organisations représentées ici sont contre, note le coopérant suisse. La question qui se pose dès lors est comment organiser l’opposition durant les années à venir. Ici à Porto Alegre, on peut attendre du WSF qu’il donne l’impulsion et la direction à suivre pour ce combat».
Qu’il existe des alternatives au néolibéralisme, cela ne semble faire aucun doute pour les milliers de personnes réunies autour de la Porta del Sol. Au son de la musique de Manu Chao, les gens chantent, dansent, fraternisent et s’embrassent.
Alors que le soleil descend sur la lagune de Porto Alegre et embrase l’horizon de lumière dorée, cet autre monde, plus beau et plus juste pour lequel ils se battent, semble à portée de main. Du moins à cet instant.
Hansjörg Bolliger, envoyé spécial à Porto Alegre
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