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A quel prix les CFF gardent la forme

La locomotive du centenaire passe devant le Château de Grandson. (photo: CFF)

Les Chemins de fer fédéraux célèbrent, cette année, leur centième anniversaire. Mais la fête est ternie par la grogne des cheminots, littéralement sous pression.

«La toute dernière enquête réalisée par l’entreprise a montré un taux global de satisfaction du personnel de 47%, rappelle François Gatabin, vice-président du SEV, le puissant syndicat des cheminots. Alors que nous étions encore à plus de 50% une année auparavant.»

«Nos membres sont désécurisés par les réorganisations constantes, explique le syndicaliste. On a du mal à voir où va l’entreprise. De plus, avec la semaine des 39 heures, les cheminots accumulent les heures supplémentaires et risquent de devoir en faire encore plus pendant la durée d’Expo.02, dont les CFF seront transporteur officiel».

Grogne également du côté des usagers. Les trains sont sales, les toilettes ne fonctionnent pas et le service laisse à désirer. «Ces critiques touchent les cheminots dans leur dignité», souligne François Gatabin. Qui dénonce la situation de sous-effectifs dont souffrent les employés du rail.

«Un employeur attrayant et social»

Autant de problèmes qui ne laissent pas Benedikt Weibel de marbre. Le président de la direction générale des CFF affirme qu’il n’a pas eu besoin d’attendre le résultat de l’enquête de satisfaction pour constater le désarroi de son personnel.

«C’est vrai, admet Benedikt Weibel, le fait que nous ayons perdu notre statut d’entreprise étatisée opérant en milieu préservé pour nous frotter à la concurrence nous a mis sous pression. Et nous avons beaucoup demandé à notre personnel.»

Cela dit, les CFF demeurent – pour leur patron – un employeur «attrayant et social» et entendent bien le rester. «Dans les années 90, poursuit le président de la direction générale, nous étions en sur-effectifs. Aujourd’hui, la donne n’est plus la même. Et notre culture d’entreprise doit changer. Cela prendra du temps.»

Benedikt Weibel admet que, si c’était à refaire, il lutterait contre le passage aux 39 heures hebdomadaires. Il préconise plutôt une flexibilisation entre 36 et 42 heures. Pour éviter une accumulation des heures supplémentaires.

Sur un point, au moins, syndicat et direction sont d’accord: ces heures ne seront pas perdues. D’une manière ou d’une autre, les employés pourront les récupérer. Reste à savoir quand.

Le prix des chiffres noirs

Quoi qu’il en soit, en cette année du centenaire, les CFF ont de quoi garder le moral. Il y a cinq ans, avec des déficits annuels frisant le demi-milliard de francs, on prédisait la ruine de l’entreprise. Or, aujourd’hui, les chemins de fer fédéraux sont pratiquement dans les chiffres noirs.

Mais ce redressement spectaculaire a un prix. Qui a été payé par les cheminots – dont les effectifs sont passés de 38’000 à 28’000. Et par les pouvoirs publics.

Entre les abandons de créances et le rachat de la part patronale de la caisse de pension, la Confédération a allégé le passif de la nouvelle CFF SA de quelque 20 milliards de francs.

«Le service de la dette nous coûtait presque 700 millions de francs par année, se souvient Benedikt Weibel. Et une partie de la classe politique vivait avec l’idée que nous pourrions rembourser ces montants.»

Et de conclure: «nous restons un service public, qui ne saurait survivre sans aide de l’Etat». D’ailleurs, en bon défenseur du service public, Benedikt Weibel est farouchement opposé à l’ouverture du capital de CFF SA au secteur privé.

Et, sur ce point, l’unanimité n’est pas loin d’être parfaite, des syndicats au gouvernement.



Marc-André Miserez

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