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Le cartel présumé des cartes de crédit

Les instituts suisses de cartes de crédit sont dans le collimateur de la Commission de la concurrence. swissinfo.ch

En Suisse, payer par carte de crédit revient particulièrement cher. La Commission de la concurrence suspecte une entente illicite et ouvre une enquête.

Mercredi matin, la Commission de la concurrence annonce avoir ouvert une enquête préalable sur les instituts de cartes de crédit. Elle devra déterminer s’il existe des indices de restriction illicite de la concurrence, qui indiqueraient que ces instituts se sont regroupés en cartel.

La veille, le Blick s’en était pris violemment aux banques suisses, accusées de se monter bien trop gourmandes sur les commissions qu’elles prélèvent à chaque achat réglé par carte de crédit.

Le quotidien de boulevard zurichois est parti d’une enquête britannique, qui compare le coût des cartes de crédit dans onze pays de l’Union européenne. Une enquête dans laquelle la Suisse ne figure pas.

Et pour cause, les banques helvétiques ont l’interdiction absolue de divulguer ces données, considérées comme «secret commercial». Le Blick a donc mené sa propre enquête. Les résultats sont parlants.

Trois fois et demi plus cher qu’en France

Selon le Blick, à chaque fois qu’un Suisse règle pour 100 francs d’achats au moyen de sa carte de crédit, il en coûte en moyenne 3 francs et 10 centimes de commission au commerçant qui l’a servi. Seuls les Danois (3,50 francs) et les Portugais (3,20 francs) sont davantage taxés.

Tout au bas de l’échelle, les Français ne payent que 90 centimes pour 100 francs d’achats. Et la moyenne des 12 pays considérés s’établit à 2,30 francs.

A partir de ces données, le Blick a calculé que les commissions rapportaient, chaque année, quelque 930 millions de francs aux banques émettrices ou gestionnaires des cartes de crédit.

Une somme à laquelle il convient d’ajouter les 50 à 100 francs de frais que chaque client paye en début d’année pour le simple droit de détenir sa carte. Multipliés par deux millions de détenteurs, la manne ainsi récoltée par les banques frise les 275 millions de francs.

Sans parler des intérêts facturés au client dont la carte présente un solde négatif. Là, le taux peut monter jusqu’à 14%. Et il est, bien sûr, impossible de chiffrer le montant global encaissé à ce titre par les banques.

«Comparaison n’est pas raison»

Les attaques du Blick ne sont pas passées inaperçues dans les états-majors des grandes banques. «On ne peut pas simplement comparer le taux des commissions sans tenir compte de tout le reste», clame Felix Oeschger.

Selon le porte-parole de la division cartes de crédit de l’UBS, le simple alignement des chiffres ne suffit pas à rendre compte des conditions particulières régnant en Suisse.

«Chez nous, les prix sont généralement plus élevés que dans les pays de l’Union européenne, mais les salaires le sont aussi. D’ailleurs, certains chiffres du Blick sont faux», poursuit Felix Oeschger, sans pour autant préciser lesquels.

Pour l’heure, l’UBS n’a pas dû faire face à une avalanche de protestations. Cela dit, la banque prendra soin d’écrire à tous les détenteurs de cartes de crédit qui en feront la demande pour leur préciser son point de vue.

Trop cher pour les distributeurs

Quoi qu’il en soit, la Suisse reste un pays où l’utilisation des cartes de crédit est moins aisée que dans certains pays voisins. En effet, nombre de grandes chaînes de distribution refusent la Visa, la Mastercard ou l’Amexco.

La faute aux commissions? Pour Hansueli Loosli, grand patron de la Coop, cela ne fait pas de doute. «Si les commissions étaient aussi basses qu’en France, déclare-t-il au Blick, nous accepterions les cartes de crédit dans tous nos magasins.»

Confirmation chez Migros. «A l’évidence, les commissions sont trop élevées, explique Yvonne Cresta, porte-parole du géant orange. Surtout pour nous, qui essayons de maintenir nos prix aussi bas que possible.»

En réalité, le numéro un du commerce de détail en Suisse accepte bel et bien les cartes de crédit, mais seulement dans certaines de ses filiales spécialisées et à partir d’un certain montant d’achats.

«Si chacun venait à la Migros acheter pour 10 francs de légumes avec sa carte de crédit, conclut Yvonne Cresta, ce ne serait pas du tout intéressant pour nous.»

Marc-André Miserez

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