Nestlé investit dans les nutricosmétiques
Début mars, Nestlé et L'Oréal lancent sur le marché européen leur complément nutritionnel à vocation cosmétique.
Il s’agit du premier produit issu des Laboratoires Innéov, une ‘joint-venture’ financée à part égale par les deux groupes.
Il y a cinq ans, les géants de l’agroalimentaire ne juraient que par l’alicament (contraction d’aliment et de médicament). Aujourd’hui, ils misent sur les «nutricosmétiques».
Autrement dit, des compléments alimentaires, présentés sous forme de dragées, et destinés à fortifier la peau, les ongles et les cheveux, entre autres.
Pour développer ce secteur, le géant de l’agroalimentaire Nestlé et le géant des cosmétiques L’Oréal ont créé ensemble les Laboratoires Innéov, une société commune basée en France.
Un secteur dynamique
Le tout premier produit issu de cette ‘joint-venture’ – Innéov Fermeté – doit arriver dans les pharmacies européennes début mars. Il vise à lutter contre la perte de fermeté cutanée.
Un créneau qui est promis à un bel avenir. Aujourd’hui, 15% des Européens consomment déjà des compléments nutritionnels. Et le taux de croissance du marché varie de 7% à 30% selon les pays.
Des perspectives alléchantes pour le couple Nestlé-L’Oréal. D’autant plus que de la nutrition cosmétique est considérée comme l’un des segments le plus dynamique du secteur des compléments alimentaires.
Mettre en œuvre des synergies
«Ce segment de niche a des perspectives de développement suffisamment intéressantes pour attirer des ‘leaders’ tels que Nestlé et L’Oréal», confirme François Savary.
Et l’analyste financier indépendant de préciser: «Pour le groupe Nestlé, il ne s’agit pas d’un engagement stratégique sur un nouveau marché mais d’une diversification qui pourrait s’avérée payante à moyen terme».
«En fait, conclut François Savary, les deux partenaires vont mettre en oeuvre des synergies à moindres coûts pour pouvoir profiter d’un secteur en pleine extension.»
Tout dépendra des ventes
La multinationale de Vevey refuse de dévoiler le montant qu’elle a investi dans Les Laboratoires Innéov. «A ce stade, confie toutefois Marcel Rubin, ce n’est pas encore un investissement substantiel.»
«Mais, poursuit le porte-parole de Nestlé, ce n’est bien sûr qu’un début. Les financements dépendront du développement des ventes dans ce secteur jugé stratégiquement important.»
«Les deux groupes n’auront aucune difficulté à développer ce secteur, voire à acquérir des concurrents plus petits», estime l’analyste indépendant François Savary.
Un engouement certain
Jusqu’à présent, le marché embryonnaire de la nutrition cosmétique est en effet occupé par de petites sociétés.
Pionnière dans ce secteur, la marque française Oenobiol occupe le terrain. Depuis 1989, elle connaît un succès croissant. En 2001, son chiffre d’affaires a progressé d’environ 20%.
Et elle n’est pas la seule. Arkopharma a enregistré pour 2001 des hausses records dans ses départements dermopharmacie (+27%) et diététique (+18,6%).
Mais, les deux leaders de l’agroalimentaire et de la cosmétique ont décidé de devenir ‘leaders’ au plan européen du secteur des nutricosmétiques. Et cela dans les cinq ans à venir.
Et, face aux deux mastodontes que sont Nestlé et L’Oréal, des PME telles que Oenobiol et Arkopharma ne font pas le poids.
Collaborations antérieures
A noter que les deux groupes n’en sont pas à leur première collaboration. En effet, Nestlé et L’Oréal se partagent déjà une société (Galderma) qui fabrique et commercialise des produits de beauté.
Par ailleurs, sur le plan financier, les deux géants sont déjà très proches. Nestlé détient en effet 49% de la société financière Gesperal qui possède 54% de L’Oréal.
En d’autres termes, le groupe veveysan est d’ores et déjà l’un des principaux actionnaires de la multinationale spécialisée dans la cosmétique.
swissinfo, Vanda Janka
– La nutricosmétique est le segment le plus dynamique du secteur des compléments alimentaires.
– En 2001, en France, le chiffre d’affaires de la branche a progressé de 16,6% pour atteindre 370 millions de francs.
– Ce chiffre peut être doublé si l’on prend en compte les produits vendus hors pharmacie.
– Au niveau mondial, le segment de la nutricosmétique pèse 60 milliards de francs.
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