Pas d’avalanche de francs ou de Marks
Dans la perspective du passage à l'euro, on craignait qu'un afflux d'argent noir se déverse sur la Suisse. A tord.
Il y a un mois, un dirigeant syndicaliste allemand tirait la sonnette d’alarme, dans la Süddeutsche Zeitung: 30 millions de Marks allemands fuient chaque jour en direction de la Suisse. Explication de Dieter Ondracek, dirigeant de l’organisation qui défend les intérêts des employés du fisc allemand: l’arrivée de l’euro et la mort légale, d’ici à quelques semaines, des monnaies nationales européennes.
D’où la nécessité de vider tous les bas de laine. Et la tentation de déposer DM, francs français ou encore lires italiennes en Suisse. Car, à côté de l’argent sale, celui qui provient d’activités criminelles (et que les banques suisses ont le devoir de traquer), il y a l’argent noir. Du liquide soustrait au fisc. A t-il pris en masse la direction de la Suisse?
«Pas de gros changements»
C’est à voir. «Nous menons des contrôles renforcés depuis octobre mais, avec la Suisse, il n’y pas de gros changements», explique Leonhardt Bierl, porte-parole du Zollkriminalamt, le service allemand des enquêtes douanières, basé à Cologne. Les Allemands ont l’obligation de déclarer leurs valeurs dès le montant de 30 000 DM.
Ainsi, le nombre de cas où de l’argent liquide a été constaté aux points de contrôle avec la Suisse est resté stable durant les mois d’octobre et novembre, en comparaison avec la même période de l’année précédente. Alors qu’il a doublé sur l’ensemble du territoire allemand, les sommes en jeu allant même jusqu’à tripler.
Pas de contrôles renforcés côté français
Pas de chiffres disponibles, pour le moment, en ce qui concerne la frontière française, où les contrôles n’ont pas été renforcés ces dernières semaines. Frédéric Jégu, de la Direction générale des douanes, à Paris, parle tout au plus d’une «légère tendance à la hausse».
Mais il admet aussi que les contrôles ne révèlent qu’une partie de la réalité: «il y a d’autres points de passage, on peut contourner.»
Pas d’affolement en Suisse
Côté suisse, les banques ne signalent guère qu’un «business as usual». «Nous n’avons pas constaté d’augmentation significative des dépôts en DM ou en francs français», déclare ainsi Thomas Sutter, de l’Association suisse des banquiers, en précisant au passage que les anciennes monnaies nationales sont encore acceptées sans autres jusqu’à fin février.
Pour Roger Gauderon, le porte-parole de la Direction des douanes, à Berne, certains en Allemagne ont exagéré, en parlant de milliards de DM. Il reconnaît toutefois que les sommes transférées ont augmenté, même si c’est de manière limitée. Il confirme surtout que les douaniers allemands ont, ces dernières semaines, sévèrement renforcé leurs contrôles.
Pierre Gobet, Zurich
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