«Ça ira mieux demain» à Locarno
Avec le film «Ça ira mieux demain», le public du festival international de Locarno a souri, et même ri aux éclats. Tant la toile de la réalisatrice française Jeanne Labrune a su confondre sur l´écran nos névroses de citadins.
Que l’on soit psychiatre, femme de psy, décorateur de théâtre, musicienne classique ou simple bricoleuse parisienne, l’angoisse nous habite tous. Et parfois même nous envahit jusqu’à la pathologie.
La cinéaste française Jeanne Labrune a choisi un univers parisien aisé. Ou du moins habité de personnages cultivés. Pour s’interroger sur les dérives du comportement humain. Telle la contagion de nos aberrations…
Tout commence en effet par une écrivaine attachante (Jeanne Balibar) qui, pour emménager, cherche à savoir si le bois respire ou pas sous du plastique. Au fil de ses rencontres, son interrogation (de supermarché) va contaminer pas moins de quatre couples.
Ainsi, le film de Jeanne Labrune nous touche avec d’autant plus de pertinence qu’il est décliné sur le mode majeur, un ton léger, un rythme soutenu.
«Ça ira mieux demain» est le tout premier comique de Jeanne Labrune. Elle qui avait jusqu’alors toujours filmé la violence et les drames de la vie.
A la sortie du film, elle devait d’ailleurs répliquer à l’un de ses interlocuteurs «qu’il n’y avait pas de raison pour qu’elle ne termine pas son film sur une note d’espoir. Malgré l’aspect dérisoire de nos préoccupations d’ici-bas».
Car, sur sa pellicule (psychanalytique), la réalisatrice française fait évidemment la part belle à la patiente qui menace à tout bout de champ de se suicider.
Et Jeanne Labrune de renchérir: «comme les personnages de mon film, je souffre tout autant de névroses, de paranoïa, de schizophrénie, mais j’existe et je vis».
Nous parions que son film fera un tabac. Il était certes hors compétition à Locarno. Mais quel bonheur de pouvoir rire de soi-même. Par écran interposé.
Le public de Locarno ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Une ovation de près de cinq minutes ponctua la projection.
Il faut dire que Jean-Pierre Darroussin porte presqu’à lui tout seul ce long métrage. Tant il excelle dans son triple rôle de psychiatre, masseur (double cabinet) et époux qui se veut indéfectiblement raisonnable pour sa femme névrosée (Nathalie Baye).
Mais qui, lui aussi, ne manque pas de demander à son épouse, le soir sur l’oreiller, si le géranium qu’il laisse pourrir sur son bureau de thérapeute, est bien de la même couleur que le rouge à lèvres de sa défunte mère.
Emmanuel Manzi
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.