Des chercheurs lancent le débat sur l’utilisation des embryons humains
Une recherche menée à Genève met en évidence les limites du cadre législatif suisse face au développement fulgurant des thérapies cellulaires. Pressée par les travaux de scientifiques, l'administration fédérale planche sur une nouvelle loi destinée à simplifier la recherche sur l'humain.
L’affaire a été révélée au grand jour par le quotidien Le Temps: une équipe de chercheurs du Laboratoire de biologie du vieillissement de Genève explore les possibilités de la médecine cellulaire pour soigner des maladies telles que le diabète, l’insuffisance cardiaque ou la maladie d’Alzheimer.
Les scientifiques genevois ont trouvé une faille
L’idée finale est de pouvoir utiliser des cellules souches d’embryon humain pour fabriquer de nouveaux tissus qui seraient ensuite greffés sur un patient.
Pour l’heure, les chercheurs genevois travaillent sur des cellules de souris. Mais l’avancée de leur travail les poussent à passer au stade suivant: tester in vitro les propriétés des cellules d’embryon humain.
Or, la loi suisse interdit une telle recherche, sauf si elle s’applique à la procréation médicalement assistée. Mais les chercheurs ont trouvé une faille: l’importation de cellule d’embryon humain n’est pas explicitement interdite.
Comme l’explique l’une des scientifiques, Marisa Jacobi, l’équipe genevoise a été la première à soulever, l’année dernière, la question de l’importation de cellule d’embryon humain auprès du Fond national suisse de recherche. Une démarche légaliste tout à son honneur.
Les chercheurs auraient en effet pu acheter des cellules souches embryonnaires humaines auprès d’un laboratoire aux Etats-Unis et financer leur recherche avec des fonds privés.
Mettre de l’ordre dans le maquis législatif actuel
Conscient de ce problème et des multiples développements que connaît l’ensemble des sciences du vivant dans le monde entier, le secrétaire d’Etat à la science et à la recherche, Charles Kleiber, a décidé de dynamiser la réflexion autour d’une loi cadre pour la recherche sur l’humain. Un projet qui sommeillait depuis plusieurs années.
Le but de ce texte est de simplifier et d’ordonner le maquis législatif actuel. «Mais il est beaucoup trop tôt pour dire si ce projet de loi va assouplir les dispositions actuelles», précise Gérard Escher, conseillé scientifique au Secrétariat d’Etat pour la science et la recherche.
Pourtant, le groupe d’experts qui planche sur cette nouvelle loi va procéder en septembre à l’audition publique de spécialistes venus de Grande-Bretagne, un pays particulièrement libéral en la matière.
«Nous n’avons pas choisi la Grande-Bretagne pour l’imiter. Mais c’est le pays le plus avancé dans ce domaine. Son expérience est donc unique», justifie Gérard Escher.
Reste que – libérale ou pas – la nouvelle loi ne sera pas en vigueur avant deux ou trois ans. D’ici là, les chercheurs genevois espèrent pouvoir profiter d’une mesure d’exception ou de faire partie d’un groupe pilote.
Leur demande est actuellement entre les mains du tout nouveau président de la Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine, le Bâlois Christophe Rehmann-Sutter. Quant à la réponse de la Commission, elle est attendue pour l’automne.
Frédéric Burnand
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