Entre Suisse et Mozambique, une coopération qui se veut exemplaire
C´est à Bienne que la Direction du développement et de la coopération (DDC) a organisé jeudi sa traditionnelle Conférence annuelle. Avec pour thème: «L´autre Afrique». Pour pays invité: le Mozambique. Et pour conviction: le refus de l´afro-pessimisme.
Joseph Deiss, à qui il revenait d’ouvrir ce rendez-vous, avait l’an dernier fait en Afrique l’un de ses premiers voyages en tant que nouveau chef de la diplomatie suisse. Il en a retiré, entre autres enseignements, que la diversité de ce continent est «souvent rebelle à nos tentatives d’explications» mais aussi qu’une solidarité bien comprise permet aussi «de renforcer les courants positifs» qui le traversent.
D’où l’invitation du ministre à «regarder de plus près, observer patiemment et mettre de la nuance dans notre jugement». Quant à l’exemple du Mozambique, «il prouve qu’un patient travail de consolidation, peu spectaculaire, peut être particulièrement fructueux. En Afrique aussi».
Alors, une coopération vraiment sans nuages entre la Suisse et le Mozambique? «Toute coopération est dialogue, mais aussi négociation et parfois compromis» répond Rudolf Danneker, vice-directeur à la DDC. Il importe que les divergences d’opinion puissent s’exprimer. Pour les organismes de coopération, un dialogue sincère est gage de qualité.
Au Mozambique, la Suisse privilégie la lutte contre la pauvreté. Elle souhaite davantage de ressources pour l’amélioration de l’eau, de la santé et de l’éducation. Mais Rudolf Danneker comprend aussi que le gouvernement de Maputo puisse avoir d’autres priorités.
Mme Luisa Dias Diogo, ministre mozambicain du Plan et des Finances, qui la veille à Berne avait signé avec la Suisse un accord pour une aide urgente à la balance des paiements, met quant à elle l’accent sur la reconstruction et la stabilité macro-économique de son pays.
Depuis quatre ans, le Mozambique enregistre un taux de croissance annuelle de l’ordre de dix pour cent. L’inflation paraît maîtrisée, la monnaie stable, les investissements étrangers à la hausse. Cela ne suffit pas. La moitié du budget dépend encore de l’aide internationale.
Autre regard mozambicain, autre vision du monde. L’écrivain Mia Couto lance un clin d’œil aux Suisses et rappelle qu’au 19e siècle, Henri Junod, pasteur vaudois établi dans son pays, avait consacré tout un ouvrage aux traditions bantoues, car avant d’entreprendre quoique ce soit, il estimait indispensable de comprendre les bases culturelles des populations.
«Aujourd’hui encore, poursuit Mia Couto, son livre reste le plus important de tous ceux que nous possédons pour comprendre la vie traditionnelle des Mozambicains». Et c’est un travail qu’il faudrait poursuivre dans les programmes de coopération si l’on veut redonner aux valeurs culturelles la place qui leur revient avant toute considération économique.
Message reçu par la DDC qui a clos sa journée en musique, via un concert de «rap marrabenta» donné par le groupe mozambicain «Mabulu» dont c’était la première apparition en Suisse, et via la sortie publique officielle de «Urban Africa now», un CD entièrement dédié à la créativité musicale des villes africaines.
Bernard Weissbrodt
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