«Il faut imaginer d’autres règles pour l’économie mondiale»
Pendant le Sommet social, swissinfo vous propose dans cette rubrique le point de vue d’un participant ou d’un observateur sur l’un ou l’autre des thèmes discutés.
Christian Coméliau est économiste et professeur à l’Institut universitaire d’études du développement à Genève. Il est, entre autres, l’auteur d’une étude qui paraîtra dans quelques semaines sous le titre «Les impasses de la modernité».
Ce qui d’emblée pose question à Christian Coméliau, c’est le contraste entre la gravité des problèmes sociaux du monde et l’approche qu’en font notamment les organisations internationales. D’une part, des situations de pauvreté et autres faits affolants que dénonce non seulement une minorité de contestataires mais toutes les organisations internationales. D’autre part, des propositions véritablement impuissantes à résoudre ces problèmes et des solutions qui ne sont en fait que des cosmétiques.
Parlons mondialisation. «Ce qu’on appelle aujourd’hui mondialisation, c’est essentiellement une intensification et une accélération de tendances déjà présentes dans le système capitaliste mondial, explique Christian Coméliau.» Mais, suite à une circulation toujours plus grande de l’information, des personnes, des marchandises et des techniques de production, ces tendances se sont formidablement accentuées et leurs conséquences sont aujourd’hui beaucoup plus marquées que dans le passé.
Le noeud du problème, selon l’économiste, c’est qu’on veut «inclure tout le monde dans le système et dans les règles de l’économie mondiale». Or ces règles sont essentiellement des règles du marché. En soi, dit-il, c’est une bonne chose puisqu’elles permettent de résoudre un très grand nombre de problèmes économiques. «Ce n’est donc pas contre les règles du marché qu’il faut partir en guerre. Ce qui est inquiétant, c’est l’exclusivité donnée à ces règles du marché.»
«On voit bien ce que ça veut dire, poursuit Christian Coméliau: c’est la recherche du profit et la règle de la demande solvable. Les seuls besoins qui peuvent être satisfaits sont des besoins individuels de ceux qui ont de l’argent. C’est cela qui crée les phénomènes d’exclusion, d’exploitation et de pauvreté. Il y a une série de phénomènes cumulatifs qui font que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches.»
Christian Coméliau souhaite véritablement que la communauté internationale prenne conscience de ces problèmes. A ses yeux, le sommet de Copenhague en 1995 et son suivi ces jours-ci à Genève sont donc éminemment souhaitables. Par contre, il doute fortement du bien-fondé de la démarche qui consiste à penser le développement social comme s’il s’agissait d’une chose extérieure aux problèmes économiques.
«Le développement social a été conçu comme un correctif des excès du développement économique. On fait comme si les règles de l’économie étaient totalement intangibles alors que c’est une guerre qui fait des morts et des blessés. On envoie alors une ambulance baptisée développement social. Cela peut soulager quelques maux. Mais ça ne suffit pas. Plutôt que de faire de perpétuels correctifs à une situation qui va sans cesse se reproduire, on ferait mieux de changer les règles du développement économique.»
Cela ne peut se faire du jour au lendemain, ça demande une longue réflexion politique: «Nous vivons dans une société et une économie extrêmement complexes, conclut Christian Coméliau. On ne peut plus se satisfaire de règles simplistes du genre: tout doit être subordonné à la rentabilité ou à la concurrence. Nous avons aujourd’hui besoin de règles qui ne servent pas uniquement l’intérêt des plus puissants.»
Propos recueillis par Bernard Weissbrodt
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