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Le Brésil fait pression sur Roche

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Le gouvernement brésilien franchit le Rubicon. Après plusieurs mois de négociations infructueuses sur la baisse du prix d'un médicament contre le sida fabriqué par le géant pharmaceutique suisse, il a décidé d'autoriser la fabrication d'un générique de ce remède.

C’est la première fois qu’un pays décide de casser le brevet d’un médicament anti-sida. En l’occurrence, il s’agit du Nelfinavir, breveté par la compagnie américaine Pflizer et produit par Roche qui en assure également la distribution dans le monde.

Une fabrication locale

La levée du brevet du Nelfinavir doit permettre la fabrication locale d’un produit générique. Et ceci dès le début de l’année prochaine. Le gouvernement brésilien souhaite ainsi baisser le coût d’un traitement anti-sida qu’il distribue gratuitement aux malades. Et selon Médecins sans frontière, plus de 90 000 séropositifs sont concernés par ce programme.

Selon le ministère de la santé, le produit de Roche – qui entre dans la composition d’un cocktail de 12 médicaments – consomme le quart de son budget annuel de traitement contre le sida. Un budget qui s’élève à quelque 300 millions de dollars. La fabrication locale du Nelfinavir vise donc à réduire son coût de 40%.

Depuis le mois de février, Brasilia a bien tenté de négocier avec l’industrie pharmaceutique. L’entreprise américaine Merck a même accepté en mars dernier de baisser le prix de deux médicaments de 60% environ.

L’espoir d’une issue favorable

«Malheureusement, Roche n’a pas démontré la même compréhension que Merck», souligne le ministre brésilien de la Santé José Serra.

L’entreprise helvétique, elle, s’est déclarée surprise par la décision du gouvernement brésilien. «Nous sommes très déçus par la brusque interruption des négociations. Mais, nous restons confiants qu’une issue favorable pourra être trouvée», déclare Ernest Egli, président de la filiale brésilienne de Roche.

Roche affirme avoir l’intention de fabriquer le médicament Viracept (dont le principe actif est le Nelfinavir) au Brésil dès 2002. Ce qui devrait permettre de baisser encore plus son prix, les importations étant très coûteuses en raison de la dépréciation de la monnaie locale.

Quoiqu’il en soit, l’industrie pharmaceutique ne cache pas sa préoccupation. D’autant que cette croisade brésilienne n’est pas limitée aux médicaments liés à la lutte contre le sida.

Discussions à l’OMC

Le Brésil demande également à Novartis de baisser le prix du Glivec – un médicament utilisé dans le traitement de la leucémie – dont le coût mensuel est estimé à 2400 dollars par patient.

Consciente du problème et pressée par un front uni d’ONG dans le monde, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a d’ailleurs ouvert cet été des discussions qui visent à assouplir les règles en matière de droits de propriété.

Le but est de maintenir le respect des brevets de médicaments, tout en permettant aux pays pauvres, frappés par une épidémie comme le sida, de faire face à leurs besoins. Un objectif et des discussions dans lesquels la Suisse est fortement engagée.

Frédéric Burnand avec Thierry Ogier à Sao Paulo

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