Le CERN crée un laboratoire ouvert pour l’Internet de demain
Pour traiter les montagnes de données que lui fournira son nouveau collisionneur de particules, le CERN est en train d'inventer l'Internet de demain. Depuis lundi, l'institution européenne installée aux portes de Genève bénéficie d'un laboratoire ouvert et de l'appui de trois gros sponsors.
L’Américain Intel, numéro un mondial des microprocesseurs, KPNQwest, spécialiste suisse des fibres optiques à très haut débit et l’Anglais Enterasys, autre spécialiste des réseaux du futur, vont investir chacun deux millions et demi de francs dans les trois ans à venir pour le projet de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).
Après avoir inventé le World Wide Web dans les années 90, le CERN a désormais besoin d’un réseau nettement plus puissant. Dès 2005 en effet, le LHC, son nouveau collisionneur de particules, fournira chaque année suffisamment de données brutes pour remplir 20 millions de CD-ROM.
La «grille» remplace la «toile»
Pour traiter cette masse de chiffres – équivalant à mille fois ce que produisait l’ancien collisionneur LEP -, les scientifiques auront besoin d’une puissance de calcul qui n’existe pas encore.
Au lieu de construire un nouveau super-cerveau électronique, les scientifiques ont eu l’idée de mettre en réseau les milliers de petits ordinateurs qui travaillent déjà dans les laboratoires, les instituts et les universités du monde entier sans que leur puissance soit utilisée à plein.
Le «Data Grid» (grilles de données) sera donc un réseau d’un type nouveau, construit non pas en toile d’araignée comme le web, mais véritablement sous la forme d’une grille. Chaque machine ainsi connectée deviendra une partie d’un immense ordinateur mondial, reliée aux autres comme peuvent l’être les neurones d’un seul et unique cerveau.
Un monde où le nationalisme n’aura plus cours
C’est pour travailler au développement de ce nouveau type d’Internet que le CERN a ouvert officiellement lundi son premier «openlab». «Il sera véritablement ouvert, non seulement aux scientifiques, mais aussi aux partenaires industriels, explique Neil Calder, porte-parole du CERN. Et à l’avenir, on pourrait parfaitement imaginer d’en ouvrir d’autres, par exemple pour l’électronique ou les technologies du vide».
«De nos jours, un laboratoire, une université, voire un pays ne peuvent plus mener seuls des recherches aussi poussées, poursuit Neil Calder. En fait, la science nous montre déjà le chemin d’un monde où le nationalisme n’aura plus cours»… Des paroles qui prennent tout leur sens en ces heures tragiques de l’après-11 septembre.
D’ici à 2005, le LHC servira de terrain d’expériences à près de 10 000 savants, répartis dans plus de 1000 universités et instituts de 50 pays. Fruit d’une vaste collaboration internationale, le plus grand collisionneur de particules du monde bénéficiera également du plus grand ordinateur du monde. Ses composantes sont déjà là, il ne reste plus qu’à les relier.
Marc-André Miserez
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