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Le coup de main des Bâlois aux Lausannois

L’opération 'Quartier 21' rime avec convivialité. (Photo: © LT/Régis Colombo) L’opération 'Quartier 21' rime avec convivialité. (Photo: © LT/Régis Colombo)

Pour améliorer la qualité de vie de ses habitants, Lausanne lance une vaste consultation. Intitulée Quartier 21, elle s'inspire d'une expérience bâloise.

Les élus tentent la politique de la micro-proximité pour mieux comprendre certains problèmes.

Après Bâle en 1997, c’est au tour de la Municipalité lausannoise de se mettre à l’écoute de ses habitants, de leurs doléances, leurs souhaits et leurs rêves.

Elle vient de lancer officiellement l’opération Quartier 21. Une démarche qui s’inscrit dans la lignée du «mieux vivre ensemble», slogan brandi par la mairie depuis le début de sa législature.

Mais pour y parvenir, il faut pouvoir renforcer les liens entre les habitants, les élus et l’administration.

Or, il se trouve que les propositions des Lausannois croisés au hasard des rues paraissent assez modestes: un trottoir sécurisé, une place de jeu, des toilettes pour chiens, la sauvegarde de certains anciens bâtiments ou «repeindre une Migros trop moche».

Simples, pragmatiques, certaines sont même réalisables rapidement. 10 à 15% d’entre elles, si l’on s’appuie sur l’expérience bâloise.

C’est d’ailleurs un des buts avoués par Daniel Brélaz, le maire de Lausanne. Le suivi doit en effet être minutieux pour que la démarche reste crédible aux yeux des habitants.

Quartier 21 sera conduit par une délégation municipale composée du maire et des chefs de deux départements clés, les Travaux et la Sécurité sociale et environnement. Soit Olivier Français et Silvia Zamora.

Des ateliers d’innovation

Concrètement, les habitants qui ne savent pas à qui adresser leurs critiques ou leurs souhaits pourront le faire librement dans le cadre des ateliers d’innovation organisés dans les dix quartiers.

A Bâle, ce processus participatif a fait ses preuves. Les premiers résultats concrets se sont fait sentir très vite. Cela devrait d’ailleurs motiver ceux qui baissaient les bras devant la lenteur de l’administration à répondre aux demandes.

L’agence de communication bâloise ecos, qui a géré le projet «Bâle, ville témoin» («Werkstadt Basel») est de la partie pour assurer l’aspect méthodologique et les stratégies de communication.

Quant à la Communauté d’étude pour l’aménagement du territoire (C.E.A.T.), une unité rattachée à l’EPFL, elle épaule ecos.

Il fallait un répondant qui ait une bonne connaissance du terrain, «aussi pour que les Lausannois n’aient pas l’impression d’être dirigés par des Suisses allemands», note Christine Ziegler de ecos.

Affiner le système démocratique

Mais, dans le fond, cette démarche ressemble à s’y méprendre à un aveu d’échec du système démocratique. Comme si les édiles avaient peur d’être décalés par rapport aux problèmes réels de leurs électeurs.

«Pas du tout, rétorque Daniel Brélaz. Il s’agit ici d’affiner le système démocratique. L’exécutif, le législatif et l’administration possèdent déjà un catalogue de problèmes qu’ils s’efforcent de résoudre».

Mais l’interaction avec les habitants, dit-il, «va permettre de résoudre aussi des problèmes de micro-proximité, qui eux ont peu de chance d’être connus des autorités. Et leur résolution souvent simple permet d’améliorer tout de suite la qualité de vie des habitants».

Christine Ziegler abonde dans le même sens. «Les autorités doivent faire face à des problèmes de plus en plus complexes». Cette micro-proximité renforce donc le système démocratique. Notamment parce qu’elle établit un partenariat.

«On ne peut laisser les experts examiner seuls les problèmes. Qui seront ensuite relayés par les autorités. C’est préférable que chacun porte une responsabilité conjointe, mais assume aussi son rôle.»

Fruit du Sommet de la Terre de Rio

Quartier 21 s’inscrit dans un concept cher à Daniel Brélaz, maire écologiste de Lausanne: le développement durable. Autrement dit, le principe d’un développement économique qui prenne en compte les aspects sociaux et environnementaux.

Le programme Agenda 21, fruit du Sommet de la Terre de Rio de 1992, résume ces principes. 180 Etats, dont la Suisse, y ont adhéré depuis.

Lausanne s’est engagée dans ce processus en 1998. Et Quartier 21 fait partie du deuxième volet d’Agenda 21, celui qui est consacré au social et à la participation de la population.

Et c’est dans le cadre du cinquième volet d’Agenda 21, que les autorités feront le point sur cette expérience de consultation participative et élaboreront un programme d’action à moyen et long termes.

Un million pour mieux vivre

La Ville a investi 900 000 francs dans l’opération Quartier 21. Ce crédit avait été décidé quand la situation financière était meilleure. Ce qui fait dire à certains que l’investissement est disproportionné.

Daniel Brélaz estime pour sa part qu’il vaut la peine de connaître à fond ce que ressentent les citoyens, et cela, une fois dans l’histoire de la Ville.

Espérons donc que la consultation sera aussi large que possible, que les femmes et les étrangers, peu présents à Bâle, manifestent aussi leurs desiderata.

La Ville compte sur la participation d’environ 700 personnes. Mais ce chiffre pourrait bien être dépassé. Car, une semaine seulement après la distribution du tout-ménage annonçant le projet, le rythme des inscriptions s’est accéléré.

A ce jour, les ateliers sont déjà complets dans trois des dix secteurs. De nouvelles sessions d’innovation vont donc être organisées dans ces quartiers, «afin que chacun puisse amener sa pierre à l’édifice», se réjouit Lilli Monteventi, urbaniste-géographe à la C.E.A.T. et coresponsable de Quartier 21.

swissinfo, Anne Rubin

– Dix ateliers d’innovation sont organisés dans chacun des dix quartiers de Lausanne.

– Cette première étape va durer de fin avril à début juillet. Elle se subdivise en trois phases.

– Phase des doléances: soulever les problèmes et les réunir en un catalogue.

– Phase utopique: proposer des solutions idéales et créatives.

– Phase constructive: comment et avec qui réaliser une vision.

– Suivent alors des conférences de consensus, prévues entre l’été 2003 et janvier 2004.

– Elles sont regroupées par thèmes et ont pour tâche d’esquisser un projet concret. Elles réunissent les représentants des ateliers et des associations concernés.

– Ensuite, du printemps à mai 2004, les services de l’administration communale étudieront la faisabilité des projets.

– Le programme d’action issu des consultations devrait être concrétisé en une année.

– Le processus décisionnel politique habituel prendra par la suite le relais.

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