Le SIB annonce une rentrée sociale chaude
Selon une étude, seuls 57 pour cent des travailleurs de la construction atteignent l´âge de la retraite en bonne santé. Raison pour laquelle le Syndicat industrie et bâtiment (SIB) veut favoriser la prévention et baisser l´âge de la retraite.
«L’injustice sociale en Suisse ce n’est pas l’inégalité en matière de revenu, mais une criante inégalité face à la mort et face à l’invalidité », souligne Vasco Pedrina. Pour le président central du SIB, ce constat «est insoutenable, inacceptable pour un société démocratique qui veut tenir haut le drapeau de l’égalité des chances face à la vie ».
Deux ouvriers du bâtiment sur cinq sont devenus invalides avant l’âge de la retraite, contre seulement 9,3 pour cent des architectes et des ingénieurs, indique l’étude, présentée lundi à la presse par le SIB. La recherche à été menée à Genève par l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail auprès de 5137 hommes nés entre 1925 et 1927.
«Ces résultats ont été confirmés, souligne Vasco Pedrina, par une enquête effectuée par le SIB auprès de ses membres au niveau national». Ils correspondent également aux chiffres obtenus dans des études similaires à
l’étranger.
Cette disparité se retrouve pour la mortalité, a déclaré à l’ats le sociologue Massimo Usel, co-auteur de l’étude: 21,1 pour cent des travailleurs de la construction et 29,2 pour cent des ouvriers en fabrique décèdent avant 65 ans. A l’autre bout de l’échelle figurent les scientifiques (9,4 pour cent).
En combinant ces deux critères, le SIB a obtenu un tableau «inacceptable sur le plan social»: 85 pour cent des architectes et ingénieurs peuvent jouir de leur AVS sans souci d’invalidité, contre 57 pour cent des travailleurs du bâtiment. Par ailleurs, l’espérance de vie est de 66,2 ans pour les ouvriers peu ou pas qualifiés, soit 4,4 ans de moins que les représentants de professions libérales.
Pour remédier à cette situation, Vasco Pedrina réclame une «solution sociale globale». Et derrière le catalogue de revendications qu’il avance, se profile une rentrée sociale particulièrement chaude. Il faut, dit-il, améliorer les conditions de travail et intensifier la prévention des accidents sur les chantiers.
Autre exigence: améliorer la lutte contre le stress et les horaires «démesurés» de travail. La Confédération doit réviser la loi sur le travail, afin de mieux réglementer la durée maximale du temps de travail, la question de la flexibilité des horaires et l’embauche des employés temporaires.
Le SIB soutient également le droit à la retraite pour tous dès l’âge de 62 ans. Le relèvement de l’âge de la retraite serait «un coup terrible» porté à des centaines de milliers de travailleurs, estime le SIB. La 11e révision de l’AVS est également jugée «inacceptable», car elle prévoit une réduction des rentes versées.
En conséquence, le SIB fera campagne en faveur des deux initiatives fédérales «pour une retraite à la carte dès 62 ans, tant pour les femmes que pour les hommes» et «pour un assouplissement de l’AVS – contre le relèvement de l’âge de la retraite des femmes», soumises au vote le 26 novembre.
Par ailleurs, dans nombre de secteurs de l’industrie, «les caisses de pension ne prévoient pas de modèle de retraite à la carte dans le cadre du 2e pilier», rappelle M. Pedrina. Les personnes «qui ont travaillé le plus durement» ne peuvent ainsi obtenir «une rente anticipée apte à couvrir leurs besoins».
Une autre solution est envisagée pour les personnes qui ont travaillé «particulièrement longtemps»: l’obtention d’une rente intégrale après 40 ans d’activité professionnelle. Cette solution est également préconisée par le Parti socialiste.
Enfin, réagissant aux déclaration du SIB, la Société suisse des entrepreneurs (SSE) a regretté qu’ «on abuse du thème de la sécurité du travail pour des raisons de politique syndicale». Par ses initiatives, elle collabore à l’amélioration de la sécurité sur les chantiers.
Jugurtha Aït-Ahmed
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