Novartis fait une fleur aux retraités américains
Le groupe suisse lancera en janvier un programme permettant à ces patients de bénéficier de rabais sur certains médicaments. Un geste philanthropique et politique.
Le programme est baptisé CareCard. Il est destiné aux Américains âgés de plus de 65 ans et disposant de revenus annuels inférieurs à 26 000 dollars pour les personnes seules et à 35 000 pour les couples. A partir du premier janvier, les retraités qui répondront à ces critères et auront sollicité cette carte auprès de Novartis pourront bénéficier de rabais de l’ordre de 25% sur tous les médicaments fabriqués par le groupe suisse et prescrits sur ordonnance aux Etats-Unis. La compagnie estime que ces rabais se traduiront par des économies pouvant aller jusqu’a 40% pour les patients.
Le geste est d’importance pour les retraités américains. En effet, si, aux Etats-Unis, les plus de 65 ans sont couverts par un système d’assurance maladie public appelé Medicare, la couverture en question ne comprend pas le remboursement des médicaments.
Un dossier controversé
L’an dernier, le dossier fut l’objet de joutes verbales entre les candidats à l’élection présidentielle. Dans les mois qui suivirent l’élection, les pressions exercées sur le Congrès par les entreprises pharmaceutiques ont fait échouer toutes les tentatives de réforme. Mais, récemment, la reprise du contrôle du Sénat par les Démocrates a contribué à faire resurgir des projets de loi qui visent à autoriser le gouvernement à contrôler les prix des médicaments, des prix qui augmentent de 15% par an et soulevent la colère des Américains.
Du coup, les compagnies pharmaceutiques essaient de remonter dans l’estime des consommateurs… et des législateurs, en proposant des alternatives à une réforme. Le mois dernier, GlaxoSmithKline et Merck-Medco ont ainsi annoncé des programmes similaires à celui introduit cette semaine par Novartis. Présentant le programme CareCard, le patron du groupe, Daniel Vasella, déclare que la compagnie entend «contribuer à combler le fossé qui existe entre Américains riches et pauvres».
Réactions en demi-teintes
Le Secrétaire à la Santé, Tommy Thompson, réagit positivement à la CareCard. Selon M. Thompson, Novartis «offre ici une solution innovative» pour rendre «les médicaments plus accessibles aux personnes âgées qui ne peuvent pas se permettre de les acheter». Mais le ministre américain s’empresse d’ajouter qu’il «sera nécessaire à l’Administration Bush et au Congrès d’élaborer une solution plus globale avec le secteur privé».
De leur côté, les organisations de consommateurs doutent que le programme de Novartis réponde aux ambitions du groupe ou aux espoirs du Secrétaire à la Santé. Pour Families USA, un mouvement de défense des consommateurs, l’effet de la Carecard sera très limité. «Il est probable que seule une minuscule proportion de retraités vont se procurer cette carte». Families USA relève que, d’après l’une de ses études réalisées en 2000, aucun médicament fabriqué par Novartis ne figurait parmi les 50 produits pharmaceutiques les plus utilisés par les personnes âgées aux Etats-Unis, à l’exception de Miacalcin, un médicament contre l’ostéoporose.
Marie-Christine Bonzom, Washington
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