La semaine en Suisse
Chères lectrices, chers lecteurs,
Les Jeux olympiques ont assurément constitué un sujet incontournable dans l’actualité suisse de la semaine écoulée. Et pour cause: une nouvelle idole du ski suisse est apparue sur les pentes de Bormio.
Pour le reste, les médias suisses restent très intéressés par deux feuilletons judiciaires: l’enquête sur la tragédie de Crans-Montana et les ramifications européennes de l’affaire Epstein.
Bonne lecture!
Et de trois! Après avoir déjà remporté l’épreuve reine de la descente, Franjo von Allmen a décroché l’or dans le combiné par équipes puis dans le super-G. Le skieur bernois entre ainsi dans la légende olympique. Avant lui, seuls deux skieurs avaient décroché trois médailles d’or au cours des mêmes Olympiades, le dernier étant le Français Jean-Claude Killy en… 1968. Franjo von Allmen devient également le premier skieur à réaliser le doublé descente / super-G et le premier Suisse à s’imposer dans le super-G.
Les médias suisses ont aussi salué la victoire de Mathilde Gremaud, qui a remporté son deuxième titre olympique en slopestyle. Elle devient la première femme à conserver son titre dans cette discipline très technique et imprévisible. Malgré des conditions difficiles (blessure et départ de son entraîneur), Mathilde Gremaud a réalisé un run que les spécialistes jugent «parmi les plus beaux de l’histoire». Avec quatre médailles olympiques (deux d’or, une d’argent et une de bronze), la skieuse fribourgeoise entre dans le cercle des skieuses les plus titrées du freestyle.
Le bilan de ces JO est en revanche pour l’heure plus contrasté pour Marco Odermatt. Après avoir terminé au pied du podium en descente, il est parvenu ensuite à décrocher l’argent dans le combiné par équipes et le bronze dans le super-G. Deux médailles, c’est évidemment un résultat qui ferait rêver nombre de concurrents. Mais pour le skieur nidwaldien, arrivé en Italie avec le statut de star et de grandissime favori, c’est un résultat en demi-teinte. Il lui reste toutefois encore une chance de se distinguer dans le slalom géant qui sera disputé samedi.
La Suisse a encore obtenu une médaille que personne n’attendait avec le bronze du sauteur obwaldien Gregor Deschwanden au tremplin à 90 m. Après une semaine, le bilan de la délégation suisse est de sept médailles (4 d’or, 1 d’argent, 2 de bronze). Un résultat satisfaisant, mais qui reste encore très éloigné du résultat des précédents JO de Pékin avec quinze médailles (7 d’or, 2 d’argent, 6 de bronze).
La couverture de la tragédie de Crans-Montana reste quotidienne dans les médias suisses. Les anciens chargés de sécurité, ainsi que le couple Moretti, ont été entendus cette semaine. Par ailleurs, un incident sans gravité, mais à la symbolique lourde a encore frappé la station: le mémorial en l’honneur des victimes a été détruit par le feu à cause d’une bougie.
L’enquête s’est concentrée cette semaine sur les raisons expliquant l’absence de contrôle dans le bar «Le Constellation», avec l’audition des responsables de la sécurité de Crans-Montana. Aucun contrôle n’avait été effectué depuis 2019, alors que la loi cantonale impose une inspection annuelle pour les établissements recevant du public. Un manque de personnel et un chaos informatique lié à un informaticien psychiquement perturbé expliqueraient en partie ces manques. Le logiciel générant les contrôles périodiques était hors d’usage sur l’ensemble du Valais.
Plus tard dans la semaine, l’attention s’est à nouveau portée sur le couple de propriétaires du bar, qui sont suspectés d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence. L’audition de Jacques et Jessica Moretti a débuté dans un climat émotionnellement très tendu. Leur arrivée était attendue par des proches de victimes qui les ont invectivés. Le couple a déclaré vouloir assumer ses responsabilités, tout en dénonçant certaines accusations médiatiques infondées.
Le Conseil fédéral a annoncé mercredi la préparation d’ici la fin du mois d’une loi urgente destinée à soutenir financièrement les victimes de la tragédie. Cette aide fédérale, qui n’est pas encore chiffrée, viendra compléter les mesures déjà prises par le canton du Valais et les assurances, jugées insuffisantes face à l’ampleur du drame. Le gouvernement veut garantir un accès rapide et simple aux soutiens, et envisage aussi des tables rondes entre victimes, autorités et assureurs pour éviter des procédures trop longues.
Les «Epstein files» continuent de beaucoup intéresser les médias. Il apparaît de plus en plus clairement que cette affaire ne se limite pas aux États-Unis, mais qu’elle a de nombreuses ramifications en Europe. La France a été dans l’œil du cyclone cette semaine avec la disgrâce de Jack Lang, ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, qui a été «invité» à quitter la présidence de l’Institut du monde arabe. En Suisse, les répliques du scandale ne sont pas (encore) vraiment perceptibles, même si des liens commencent à apparaître de manière indirecte.
UBS est impliquée dans l’affaire à travers sa relation bancaire avec Ghislaine Maxwell. Des documents américains montrent qu’UBS a ouvert et maintenu plusieurs comptes pour celle qui est considérée comme la principale complice de Jeffrey Epstein, malgré les avertissements d’autres établissements – et même après l’arrestation du délinquant sexuel. Aucune infraction n’est établie, mais ces pratiques soulèvent des questions sur la gestion du risque et la diligence interne de la plus grande banque suisse.
Les révélations des derniers jours montrent que la Suisse apparaît désormais comme un maillon actif dans le réseau d’Epstein, à travers des contacts réguliers à Zurich, Genève et Verbier impliquant le financement de séjours de jeunes femmes et des mises en relation douteuses. Elles mettent aussi en lumière les liens du financier avec des figures de la place bancaire helvétique. Autant d’éléments qui font peser un risque réputationnel important sur le secteur de la finance suisse.
Il y a des choses que l’on peut penser, mais qu’il vaut mieux éviter d’étaler sur la place publique, au risque de susciter une vague de réactions négatives. C’est ce qui est arrivé récemment en Suisse alémanique avec une offre d’emploi qui écartait explicitement les candidatures d’une catégorie bien précise de la population.
Publiée au début du mois de janvier sur un site d’offres d’emploi, l’annonce d’une entreprise zurichoise recherchait un chef ou une cheffe d’équipe dans le secteur des soins à domicile. Mais cette annonce excluait explicitement les personnes de la génération Z, c’est-à-dire celles nées entre le milieu des années 1990 et 2010. Il était précisé que l’entreprise ne souhaitait pas d’une personne avec une «mentalité du certificat médical du lundi ou du vendredi».
La polémique a enflammé la Suisse alémanique: médias, spécialistes et jeunes ont dénoncé une discrimination générationnelle flagrante. Elle-même âgée de 25 ans, l’entrepreneuse Yaël Meier a fustigé une annonce jugée «choquante» et fondée sur des préjugés infondés envers les moins de 30 ans.
Cette affaire a ravivé le débat sur l’éthique de travail de la «Gen Z». Alors que certains employeurs l’accusent d’un manque de résistance au stress, les données montrent que l’absentéisme progresse dans toutes les tranches d’âge, et que les jeunes ne travaillent pas moins, mais recherchent davantage de sens et de bonnes conditions de travail.
La semaine à venir
Les Jeux olympiques d’hiver se poursuivent. Il n’est pas exclu que la délégation suisse obtienne encore quelques succès. À surveiller tout particulièrement: le slalom géant avec Marco Odermatt, ce samedi.
Sur le plan économique, la semaine sera marquée par l’annonce des résultats 2025 de plusieurs grandes entreprises, parmi lesquelles Coop, la Banque Migros, Sunrise ou encore Glencore.
Du côté de la culture, la semaine sera marquée par le lancement ou la poursuite de plusieurs carnavals, notamment dans les villes de Lucerne et de Fribourg.
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