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Adolescence et choc identitaire

Flore et Hervé, lancés dans une équipée plus touchante que réaliste. «Cinéma tout écran»

L'adolescence est une thématique très présente dans le cadre du 8e festival «Cinéma tout écran» de Genève.

Regard sur deux œuvres parentes et pourtant fort différentes: «Kadogo» du Suisse Nicolas Wadimoff et «Jim, la nuit» du Français Bruno Nuytten.

L’adolescence, ou la pré-adolescence… Pour le cinéma, un sujet en or. Période de chantier personnel et de révolte, mélange d’intégrité jusqu’au-boutiste et de contradiction, bref, de tumulte.

Ainsi, la compétition est largement occupée par des films touchant, d’une manière ou d’une autre, à cet âge-clé, qu’il soit vécu en Allemagne («Klassenfhart» de Henner Winckler), au Japon «The High-School Girl’s friend» de Tetsuo Shinohara, en France («Jim la nuit» de Bruno Nuytten) ou en Suisse («Des épaules solides» de Ursula Meyer et «Dilemma» de Tobias Ineichen).

Et quand la problématique adolescente se double d’interrogations culturelles, comme c’est notamment le cas avec Bruno Nuytten ou, hors-compétition, avec Nicolas Wadimoff, le sujet peut être riche. Mais à ce jeu-là, les approches divergent.

Improbable équipée

L’intrigue de «Kadogo», de Nicolas Wadimoff? Dans un hôpital lausannois, Flore, 9 ans (Juliette Riccaboni), est à la veille d’un nouveau traitement chimiothérapique. Elle y rencontre Atum, 10 ans (Hervé Sobkika Zoua), un enfant soldat congolais (un ‘kadogo’) amené en Suisse par une ONG pour y être soigné.

Ils sont des enfants, mais agissent en ados. Elle, elle a été mûrie par sa maladie, la perspective de la mort. Lui, par la guerre. Flore n’est pas prête à supporter le nouveau traitement voulu par son père (remarquable Jean-Philippe Ecoffey) et préférerait ‘voir la mer’. Atum veut retrouver ses petits frères au Congo.

Ensemble, ils décident donc de s’enfuir, cap sur Cointrin, et, traversant la campagne vaudoise, se lancent dans une improbable équipée, plus touchante que réaliste.

Le choc des cultures est présenté de façon plutôt amusante. Au travers de dialogues: «Personne ne vole les vaches!», dit la petite. «Si, il y en a plein. Chez moi, avec une vache, je pourrais me marier» répond le jeune Africain. Ou par le biais de quelques scènes clin d’œil, telle le braquage d’une pharmacie par Atum, armé d’un fusil d’assaut volé à un troufion helvétique.

Mais on reste sur sa faim: les angles ont été gommés, les vrais problèmes ne sont qu’effleurés. Maladresse du réalisateur, volonté délibérée d’ingénuité ou contraintes incontournables d’un film formaté télévision? On évitera de trancher.

La force de l’imagination

«Jim, la nuit», de Bruno Nuytten… Jim (Fatoumata Sissoko), alias Géraldine, 12 ans, d’origine africaine, a été adoptée par un couple français suite au massacre de sa famille. Nouvelle vie, enfance sans heurts, Jim est intelligente, aimante et aimée. Mais voilà qu’elle se renferme progressivement et glisse dans une anorexie radicale.

Son entourage s’interroge. Problème lié à l’adoption? A la perte des racines? «Vous êtes sur une fausse piste: c’est pas la petite black rescapée d’un massacre qui refuse de se nourrir, c’est Géraldine!» hurle-t-elle à ses parents peu avant d’être internée dans un asile psychiatrique.

Douleur de l’enfermement. Violence de la rébellion. Tentation de la mort. Alors Jim va fuguer. Dans sa tête: parallèlement à son internement, elle vit le grand voyage, celui qui va lui permettre de se rendre en Islande, là où vit son idole, la chanteuse Björk.

Jim, dans le chaos de ses douze ans, conjugue deux fuites: l’une réelle, passive et suicidaire, à l’hôpital. L’autre, onirique, active et aventureuse dans son imagination. Et celle-ci va se muer en voyage initiatique, car la petite fille va y croiser l’image de l’un des siens. Son grand-père, figure du Sage africain.

Au-delà du malaise adolescent, au-delà de la fascination névrotique pour un artiste, c’était bel et bien à ses racines que la ‘petite black’, à son insu, avait mal.

Formidable sensibilité. Poésie du récit comme des images. Bruno Nuytten dit avoir fait ce film parce qu’il avait «besoin d’un peu de liberté». «Un film simple, vite tourné», ajoute-t-il. Comme quoi, même à la télévision, simplicité peut ne pas vouloir dire simplisme.

swissinfo/Bernard Léchot

«Kadogo» du Suisse Nicolas Wadimoff est produit par Caravan Productions, TSR, France 2 et RTBF. «Jim, la nuit» de Bruno Nuytten est produit par Pierre Javaux Productions et Arte.

– Du 21 au 27 octobre se tient à Genève La 8e édition de «Cinéma tout écran» se tient à Genève jusqu’au 27 octobre.

– Un festival qui se consacre au cinéma de fiction produit par et pour la télévision.

– Né à Genève en 1964, Nicolas Wadimoff est allé parachever sa formation à l’Université du Québec, à Montréal.

– En 1993, il entre à la Télévision suisse romande, en tant qu’auteur et producteur, notamment pour l’émission «Temps Présent».

– Côté fictions, il a notamment réalisé «Clandestins» (1997), «Mondialito» et «15, rue des Bains» (2000).

– Bruno Nuytten a été chef opérateur pour d’innombrables et célèbres réalisateurs: Bertrand Blier, Marguerite Duras, André Téchiné, Andrzej Zulawski, Jean-Luc Godard…

– C’est en 1988 qu’il se lance dans la réalisation en signant «Camille Claudel», avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu.

– Après une incartade dans la comédie («Albert souffre»,1992), Nuytten revient au drame romantique avec «Passionnément» (2000), avant de s’attacher à l’adolescence au travers du téléfilm «Jim la nuit».

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