La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Après Jeanne Duval, Toussaint-Louverture…

L'ouvrage de Fabienne Pasquet conjugue la revendication historique à la subjectivité de la poésie. swissinfo.ch

Fabienne Pasquet, d'origine helvético-haïtienne, publie «La deuxième mort de Toussaint-Louverture». Quand la fiction vise à la réhabilitation.

Près des Verrières à la frontière franco-suisse, perché sur un rocher escarpé, se dresse le sombre et massif Fort de Joux. C’est là qu’est mort de froid, le 7 avril 1803, un prisonnier nommé Toussaint-Louverture. Qui ça, dites-vous?

C’est justement parce que Fabienne Pasquet en a assez de voir passer à la trappe de l’histoire, blanche en général et française en particulier, certains personnages du passé caraïbe qu’elle a décidé de s’attacher à eux. «Une espèce de travail de mémoire», précise-t-elle.

Elle s’était déjà intéressée à Jeanne Duval, maîtresse et muse métisse de Baudelaire («L’ombre de Baudelaire», 1996).

Toujours aux Editions Actes Sud, la voici qui engage sa plume au service de Toussaint-Louverture, né esclave en 1743, mort prisonnier dans le Haut-Doubs, et entre ces deux dates, libérateur d’Haïti, alors Saint-Domingue, au grand dam de Napoléon Bonaparte. Lequel perdait ainsi un morceau conséquent – et l’un des plus riches – de son domaine colonial.

Haïti devenait alors la première république noire et indépendante du monde.

La fiction pour faire revivre l’histoire

Le roman de Fabienne Pasquet, présenté samedi au Salon du Livre de Genève, n’est pas une biographie, loin de là.

Mêlant l’histoire et la fiction, le rêve et la réalité, elle fait se rencontrer un jeune poète prussien, Heinrich von Kleist – réellement enfermé au Fort de Joux, en 1807 – et le personnage de Toussaint-Louverture.

L’un et l’autre partagent la même cellule… à quatre ans d’écart. Qui est donc ce Toussaint-là? Le vrai? Son fantôme, un ectoplasme? Un rêve éveillé?

«Il m’a fallu bien sûr trouver un petit truc, puisque chronologiquement ça ne marchait pas! Mais les poètes ont la capacité de faire revivre les personnages, et les écrivains aussi, d’ailleurs! Donc j’ai utilisé cet avantage», dit Fabienne Pasquet dans un immense sourire.

Bonheur du dialogue

«Quel contraste entre un jeune blanc poète romantique sublime, et un vieux noir en train de pourrir dans sa cellule», constate l’auteur. La mise en scène voulue par Fabienne Pasquet vise évidemment à mettre en valeur les échanges entre Kleist et Toussaint.

L’un exalté, idéaliste et romantique, au sens originel du mot, l’autre rationnel et ironique. Alors on parle de Napoléon, de révolution, de liberté, de la vie, de la mort, du suicide – le Kleist historique finira d’ailleurs par se suicider.

«J’avais des thèmes qui me tenaient à cœur: le rapport à la liberté, au corps, à la mort et à l’écriture. Et ces deux personnages m’ont permis de les incarner», précise Fabienne Pasquet.

Europe et Caraïbe. Noir et blanc. Romantisme échevelé et pragmatisme révolutionnaire. Le roman de Fabienne Pasquet additionne les oppositions pour mieux les mettre en relation. Et faire se dégager de son récit une étrange ambiance, qui conjugue la revendication historique à la subjectivité de la poésie. C’est fort et habile.

swissinfo/Bernard Léchot

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision