BD et animation sur le chemin de l’art contemporain
«Jeunes créateurs romands de BD et de films d'animation», c'est le titre de l'exposition que présente le «mu.dac», Musée de Design et d'Arts appliqués/contemporains de Lausanne. Large panorama, où les fans de Mickey comme ceux de Gaston Lagaffe risquent d'être un peu décontenancés.
Il y a pas mal d’années que la bande dessinée romande est connue, même au-delà des frontières. Derib avait ouvert la voie, suivi par Cosey et Ceppi. La troisième vague est là désormais avec Wazem, Tirabosco, et bien sûr Zep, escorté de ceux à qui il a donné une chance par le biais du journal Tchô, tel Christophe Bertschy.
Actuellement, c’est en particulier du côté de Genève que le petit monde de la nouvelle BD remue le plus, notamment grâce au travail d’éditeurs de revues/fanzines (Drozophile, Atrabile, BüLb, Paquet).
Volonté d’exhaustivité
C’est à cette troisième génération du 9e Art que le «mu.dac» a ouvert ses portes, ainsi qu’aux jeunes artistes qui se sont plongés dans la fabrication de films d’animation. A la «Maison Gaudard», on appelle cela une exposition-constat, selon une démarche instituée dès 1994 à l’ancien Musée des arts décoratifs de Lausanne.
«Le but est de montrer l’état de la question dans un certain domaine, en l’occurrence la BD et l’animation, à un certain moment, en Suisse romande», explique Claire Favre, assistante de la conservatrice, Chantal Prod’hon.
Une conservatrice qui, de son côté, n’aime pas trop les catégories: «On considère le mu.dac un peu comme une plate-forme, l’idée étant de pouvoir y présenter les travaux contemporains d’artistes qui utilisent toutes sortes de supports, de matériaux et de discipline. C’est remettre en cause les étiquettes comme arts appliqués, design, beaux-arts. Aujourd’hui, franchement, la scène contemporaine ne s’en soucie plus trop. On voit bien ce qui se passe avec ces jeunes créateurs: c’est extraordinairement riche et dynamique, et c’est ce qui nous intéressé en montant cette exposition».
De l’expérimentation à la perte d’identité
Si de tous temps, le film d’animation a multiplié les techniques – dessin, peinture, pâte à modeler, déplacement d’objets, et désormais travail numérique, la plupart représentées à Lausanne -, la surprise vient davantage de la bande dessinée.
Car,dans ce secteur-là, à côté de la tradition véhiculée par Zep ou, dans une certaine mesure, Wazem, Baladi ou Tirabosco, les formats développés par plusieurs jeunes bédéastes romands font exploser le cadre habituel de la BD.
Helge Reumann et Xavier Robel proposent des cases géantes dont la surcharge des lignes semble relever autant de l’art brut que de la bande dessinée. Ils signent également un étonnant «Elvis Road», ruban de 9 mètres qui sera publié sous forme de livre accordéon. Avec les objets de Helge Reumann, la BD n’est d’ailleurs plus qu’une référence.
Le texte disparaît quasiment chez Ibn Al Rabin, qui effectue un travail novateur sur le rôle et la distribution des cases. Avec Nadia Raviscioni, c’est la notion même de case qui s’évapore parfois, et certaines de ses sérigraphies trouveraient mieux leur place sur les cimaises d’une galerie d’art contemporain que dans le prochain album cartonné que vous achèterez chez votre libraire préféré.
Exposition aérée, diversité des œuvres et des styles présentés, on admire, on s’étonne, et parfois on s’interroge. Le fait que des artistes soient influencés par la bande dessinée suffit-il à en faire des créateurs de bande dessinée? Comme une chanson réussie est un équilibre, simple mais miraculeux, entre des mots et des notes, une bande dessinée est, de façon basique, une délicate juxtaposition de texte et d’images qui racontent une histoire. A vouloir absolument abolir les frontières, on perd parfois ce qui fait le charme et le génie d’un genre spécifique.
Bernard Léchot
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