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Bekolo parmi les jurés

Entre Yaoundé, Paris et Chapel Hill, escale fribourgeoise pour Jean-Pierre Bekolo. swissinfo.ch

Le cinéaste africain Jean-Pierre Bekolo fait partie du jury du 16e Festival international de films de Fribourg. Rencontre avec un cinéaste qui enjambe les continents.

En 1992 sortait «Quartier Mozart», soudain un nouveau ton dans le cinéma africain. Le réalisateur, le Camerounais Jean-Pierre Bekolo, se voyait primé à Montréal, Cannes, Locarno. Cinq ans plus tard arrivait son deuxième long métrage, «Le complot d’Aristote», une réflexion sur le 7e Art, développée à l’occasion du Centenaire du cinéma. Et puis, silence.

Silence pour le public des salles obscures, mais pas pour les futurs cinéastes: Jean-Pierre Bekolo, quittant ses bases de Yaoundé et de Paris, était allé porter la bonne parole cinématographique dans les universités américaines. Rien de moins. En Virginie tout d’abord, puis en Caroline du Nord. C’est ce qu’on appelle un parcours atypique.

C’est quoi, le cinéma?

A Fribourg, douze films sont en lice pour le «Regard d’or», doté de 30 000 francs. Dans cette sélection, l’Asie se taille la part du lion (Thaïlande, Ouzbékistan, Hong Kong, Chine… et Corée du Sud, avec trois films). L’Argentine, le Venezuela, le Maroc et le Sénégal sont également présents.

Est-il aisé de juger des films dont les contextes de production et les environnements culturels sont aussi différents? «Une chose est frappante. On se dit: pourquoi les gens ont-ils besoin de raconter des histoires partout dans le monde? Avec un ton souvent déprimant, négatif. Cela pose la question de l’homme. Pourquoi tant de problèmes? En Corée il a un problème, au Maroc il a un problème… La douleur de vivre, comme si l’homme effectuait une danse pénible» constate Jean-Pierre Bekolo, en riant néanmoins.

Et d’ajouter: «Du coup, cela permet de mieux définir ce qu’est le cinéma. C’est cela que j’attends de la compétition: un film qui m’aide à compléter ma définition du cinéma».

Et quelle est-elle, cette définition bekolienne du cinéma? Le réalisateur reconnaît s’être d’abord axé sur l’histoire, le récit. Aujourd’hui, c’est plutôt l’aspect «spatial» qui l’intéresse. Comme dans notre quotidien, on s’exprime volontiers en termes liés à l’espace («à côté de», «profondément» etc.), le cinéma fonctionne selon lui de la même façon.

«Dès qu’on a posé un problème dans l’espace, même si ce n’est que par le verbe, on commence à mieux le voir. Un film, c’est comme une radiographie, comme une échographie de la société. Mieux voir le problème permet d’essayer de le résoudre. C’est ce qui me fait croire que le cinéma est un outil de pensée assez fort, pour l’instant emprisonné dans le divertissement, le commerce. Mais c’est un outil qui est appelé à mieux définir l’homme dans son environnement».

Bekolo chez les Sudistes

Comment ce discours, tenu par un ressortissant d’un pays à la cinématographie particulièrement limitée, a-t-il été perçu par les futurs cinéastes américains? «Ils étaient très surpris. Africain, noir, parlant le français, je suis un ‘alien’, pour eux. D’où un phénomène bizarre. Au début du cours, il y en avait beaucoup qui partaient. Et puis après, plein d’autres qui arrivaient! Une sorte de sélection naturelle.»

Bekolo, un extraterrestre au pays du box-office? «Contrairement à ce qu’on pense, ils sont nombreux à se sentir prisonniers, piégés par le système hollywoodien. Leurs modèles, leurs valeurs, ce sont des gens qui s’expriment librement, que ce soit en cinéma ou en musique. Et ils rêvent de faire des films comme ils l’entendent. Et ils se disent que si j’ai pu faire ça en venant d’un pays africain, pauvre, ils peuvent aussi le faire».

Retour à la caméra

Jean-Pierre Bekolo a – momentanément? – tourné sa page américaine. «Je trouvais qu’enseigner, ça fait parler de soi au passé. Or j’ai encore envie de faire des choses!» explique-t-il. L’envie de tourner est donc de retour, malgré quelques projets suspendus («Spell on you», ou «L’ombre de Baudelaire», d’après le roman de Fabienne Pasquet).

Pour l’heure, le cinéaste s’occupe du montage financier d’un long métrage intitulé «Les saignantes». C’est-à-dire? «C’est comme ça qu’on appelle les jeunes filles fraîches, avec beaucoup d’énergie, au Cameroun», rigole Bekolo. Mmmh… c’est promis, on ira vérifier la mise en pratique de sa théorie sur l’espace au cinéma.

Bernard Léchot

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